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Semaine sans diète

S'alléger de la charge mentale et de la culture des diètes

durée 10h00
1 mai 2023
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Par La Presse Canadienne

Vouloir maigrir ou demeurer mince, c'est pesant pour l'esprit. Tel est le message que souhaite communiquer l'organisme ÉquiLibre dans le cadre de la Semaine sans diète, qui débute ce lundi.

«On se rend compte à quel point les gens ont toujours leur poids en tête dans toutes sortes de moments au quotidien, indique Andrée-Ann Dufour Bouchard, nutritionniste et cheffe de projets chez ÉquiLibre. Ça peut être quand on ouvre le frigo pour manger, on se demande si notre choix va affecter notre poids ou s'il y a trop de calories. On a la pression de bouger pour maigrir ou on se demande combien d'exercice on doit faire pour brûler les calories qu'on vient de manger.»

Le chiffre que leur enverra la balance au petit matin peut aussi être déterminant pour certaines personnes, qui passeront ainsi une bonne ou une mauvaise journée. Tout cela parce que notre valeur comme personne ou notre santé sont encore difficiles à détacher de la minceur, fruit d'une culture des diètes bien ancrée dans notre société, relate aussi la nutritionniste.

«Le plus lourd, c'est l'évaluation constante de nos décisions: est-ce que j’ai mangé la bonne affaire ou non? Est-ce que j’ai fait assez d’exercice physique? Est-ce que j’ai mangé la bonne quantité de tel aliment? C'est comme s'il fallait toujours faire mieux, manger mieux, bouger mieux», ajoute Marie-Pierre Gagnon-Girouard, psychologue et professeure en psychologie de la santé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Cette manière d'aborder la question du poids, de la minceur et de la santé place constamment les individus en situation d'échec, estime-t-elle, car ils s'imposent des standards difficiles à atteindre et pour lesquels ils se surveillent constamment, ce qui finit par nuire à leur estime d'eux-mêmes, voire à leur santé.

Mentalité répandue

Pas besoin d'être au régime pour subir cette charge mentale: elle se manifeste dans plusieurs situations du quotidien et peut même s'incruster profondément dans notre esprit. Cela peut se manifester entre autres par des «pensées envahissantes et culpabilisantes».

«Quand la culpabilité est la première émotion qu'on ressent après avoir mangé ou pour nous motiver à bouger, on est capable de déterminer si on obéit à une règle qu'on s'oblige à suivre ou si on fait un choix pour notre santé ou pour se faire plaisir», indique Mme Dufour Bouchard.

Selon un sondage mené par la firme Léger à l'été 2022 auprès de 1808 Québécois âgés de 14 ans et plus, 42 % des répondants se disaient angoissés ou stressés par leur poids et 36 % disaient même que «le contrôle du poids domine leur vie».

«On dirait qu'il y a des gens dans l'industrie de l'amaigrissement qui ont mis beaucoup d'argent pour qu'on apprenne à répondre à la culture des diètes et qu'on intègre la notion que de se rapprocher des standards de beauté fait de nous une meilleure personne, plus saine, plus disciplinée et plus équilibrée», indique Mme Gagnon-Girouard.

Un mauvais pli qu'on associe généralement aux femmes, plus ouvertes sur leur relation amour-haine avec leur corps et leur poids, mais qui se remarque aussi et de plus en plus chez les hommes, relève Mme Dufour Bouchard.

«C'est quelque chose qui touche tout le monde, note-t-elle. On souhaite amener une prise de conscience parce que c'est en réalisant l'existence de cette charge mentale-là qu'on peut amorcer une réflexion pour s'en défaire.»

Surtout, on peut éviter de la transmettre aux plus jeunes. «Même des enfants ont cette espèce de préoccupation-là par rapport à la culture des diètes», souligne Mme Gagnon-Girouard.

Son fils de trois ans lui a demandé si sa bedaine allait grossir s'il mangeait deux muffins à la banane qu'ils étaient en train de cuisiner ensemble, se rappelle-t-elle. «C'est vraiment jeune pour avoir ces perceptions-là», reconnaît la psychologue.

Une prise de conscience

Il est toutefois possible de se défaire de cette charge mentale en acceptant notre corps tel qu'il est et en se concentrant sur sa santé plutôt que sur son apparence.

Le point de départ de cette démarche est de reconnaître cette charge mentale en réalisant qu'on fait parfois des choix par obligation plutôt que par plaisir ou par souci de sa santé.

«Même si la culture des diètes nous a appris le contraire depuis des années, c’est possible de manger sans toujours penser aux calories, de bouger pour le bien-être ressenti et d’arrêter de laisser notre poids influencer notre humeur ou notre valeur comme personne», croit Mme Dufour Bouchard.

« Ça peut être un processus difficile sur le plan psychologique, surtout quand on a passé beaucoup de temps à tenter d’atteindre le corps “idéal”, renchérit Mme Gagnon-Girouard. On doit faire le deuil de ce dont on pense que notre corps pourrait avoir l’air ou devrait avoir l’air. On peut réapprendre à se connecter à ses besoins, à ce qui nous fait du bien et profiter mieux de ce qui nous entoure.» 

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Cette dépêche a été rédigée avec l'aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Marie-Ève Martel, La Presse Canadienne

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