Les procureurs de la couronne en grève
Remise de dossiers, confusion lors de l'arrivée des détenus, retards majeurs dans les dossiers impliquant des personnes incarcérées, bref la première journée de grève des procureurs de la couronne a été ponctuée de nombreux rebondissements.
Dès 8 h 30, au petit matin du 8 février, les procureurs, en grève illimité, faisaient du piquetage dans les différentes entrées du Palais de justice de Joliette.
L'un des grévistes, le procureur aux poursuites criminelles et pénales depuis 26 ans, et représentant ses confrères de Joliette, Me Pierre Loranger, indique que les avocats de la poursuite n'ont pas voulu cette grève. «Depuis un an, nous avons tout fait pour sensibiliser les instances gouvernementales et nous avons toujours voulu négocier de bonne foi. C'est le gouvernement qui nous a imposé le droit de grève lors de notre dernière convention collective. Nous aurions préféré être devant la cour et plaider des dossiers, mais malheureusement le Conseil du Trésor fait la sourde oreille», a-t-il déclaré au Journal de Joliette.
Ajoutant que leurs revendications datent de quelques décennies, Me Loranger indique que les gouvernements antérieurs n'ont jamais eu véritablement de considérations pour les avocats de la couronne.
«Notre association désire en arriver à une entente négociée. Si jamais le gouvernement Charest décidait de nous imposer une loi spéciale, ce serait une erreur monumentale de leur part. Cette loi serait une source de démotivation totale pour nos jeunes procureurs», a-t-il ajouté.
Rappelons que les 450 membres de l'association des poursuites criminelles et pénales demandent un rattrapage salarial avec leurs confrères du reste du Canada. Un procureur québécois gagne 102 700 $ au sommet de leur échelle salariale, comparativement à près de 140 000 $ pour les autres provinces. De plus, il manque environs 200 avocats de la couronne selon les estimations de l'association, ce qui a pour effet d'affecter l'efficacité de leur travail de ceux-ci devant le tribunal et dans la préparation de leurs dossiers.
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Détenus en retard
Un premier coup de théâtre était survenu, tôt dans la matinée du 8 février, au palais de justice, alors que les procureurs de la couronne, qui avaient débrayé officiellement dans la nuit, ont empêché les fourgons cellulaires transportant les détenus de traverser la ligne de piquetage. Les deux autobus n'ont pu arriver à temps en cour, ce qui a provoqué un retard important dans les procédures judiciaires des détenus.
Selon la version des grévistes, ils n'ont pas empêché les véhicules de traverser la ligne de piquetage, mais se sont tenus devant symboliquement. Après 10 minutes de ce manège, les conducteurs ont rebroussé chemin pour se rendre au poste de la Sureté du Québec à Joliette, à quelques coins de rues du palais de justice. Ils ont demandé l'assistance des forces de l'ordre afin de les escorter jusqu'à la porte, derrière le grillage, et permettre aux détenus de finalement entrer dans l'édifice. Escortés de trois véhicules de la SQ, les deux autobus ont forcé la ligne de piquetage et pénétré dans l'enceinte sécurisée à 11 h 25 ce matin, avec une heure de retard. Les voitures de la SQ ont ensuite quitté.
Ce n'est que vers midi que les activités régulières ont pu reprendre dans les deux salles d'audience où des détenus devaient comparaître.
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