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CHU Sainte-Justine

Asthme des enfants: une nouvelle étude remet en cause le microbiote intestinal

durée 12h00
8 décembre 2023
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne

Une naissance par césarienne, l'utilisation d'antibiotiques pendant la grossesse ou la petite enfance, le tabagisme, le diabète gestationnel et même un accouchement estival pourraient augmenter le risque d'un asthme partiellement contrôlé ou incontrôlé chez les enfants d'âge préscolaire, prévient une nouvelle étude à laquelle a participé une chercheuse du CHU Sainte-Justine.

Ces résultats soulignent l'importance de la santé périnatale de la mère et les effets durables des expériences vécues au début de la vie sur le développement des poumons, écrivent les auteurs.

«Les six premières années de vie sont vraiment des périodes charnières pour le développement de la croissance pulmonaire», a rappelé la chercheuse Francine Ducharme.

Environ 40 % des limitations pulmonaires sont présentes dès la naissance, a-t-elle ajouté, ce qui veut dire que 60 % des problèmes surviennent en période postnatale. Ses collègues et elle se demandent donc depuis un moment si on peut intervenir pour limiter les dégâts ― et plus encore, comment on pourrait assurer un contrôle optimal de l'asthme chez un enfant qui a reçu un diagnostic pendant ses six premières années de vie.

La nouvelle étude jette un nouvel éclairage sur le rôle que pourrait jouer la flore intestinale ― le microbiote ― dans le développement et le contrôle de l'asthme.

On savait par exemple que l'utilisation d'antibiotiques pendant la grossesse ou en début de vie perturbe la composition du microbiote intestinal des enfants. Lors de cette étude, les chercheurs ont constaté que l'utilisation d'antibiotiques par la mère pendant la gestation était associée à une petite hausse du risque d'asthme partiellement contrôlé.

Le risque d'asthme incontrôlé était plus élevé chez les enfants à qui on avait prescrit des antibiotiques entre 30 jours de vie et le moment du diagnostic.

Le risque d'asthme incontrôlé était aussi considérablement plus élevé chez les enfants dont la mère avait souffert d'un diabète gestationnel. La nature exacte de l'association entre les deux reste à éclaircir.

Une naissance estivale a été associée à un risque un peu plus élevé d'asthme mal contrôlé. Cela pourrait être dû à une exposition à des facteurs environnementaux, comme la fumée de feux de forêt. Les chercheurs soulignent aussi que la protection conférée au bébé par les anticorps de sa mère chute à son plus bas de trois à six mois après la naissance, ce qui correspond au début de la saison des infections virales pour les bébés nés en été.

Une hospitalisation pour une infection respiratoire avant le diagnostic d'asthme a aussi été associée à une maladie partiellement contrôlée ou incontrôlée.

Si certains de ces facteurs étaient déjà bien connus, cette étude pourrait être en revanche la première à établir une association entre une naissance par césarienne et un mauvais contrôle de l'asthme chez les jeunes enfants. Ici encore, le microbiote intestinal pourrait être en cause, puisque le microbiote du bébé né par césarienne pourrait être sous-développé.

Le lien entre le tabagisme et le risque d'asthme n'a plus besoin d'être expliqué, mais Mme Ducharme a confié s'inquiéter «beaucoup» de l'impact éventuel du vapotage, même si cela n'a pas fait partie de cette étude.

«Certaines saveurs, comme la cannelle, sont associées à beaucoup plus d'irritation au niveau bronchique, a-t-elle dit. C'est extrêmement irritant. C'est pour ça que le gouvernement québécois a rendu illégale la distribution et la vente de liquides de vapotage avec des saveurs. Il y a vraiment un dommage qui est particulier avec certaines saveurs.»

On constate ainsi une atteinte pulmonaire importante chez des jeunes de 25 ans qui vapotent depuis seulement cinq ans, a-t-elle rappelé.

Certains de ces facteurs sont "modifiables", ce qui pourrait ouvrir la porte à des interventions pour améliorer la prise en charge de la maladie chez les petits patients, a souligné Mme Ducharme.

«Si on est capables de prévenir que l'enfant ait des crises d'asthme sévères après le diagnostic dans la petite enfance, on augmente ses chances de rémission, a dit la chercheuse. On diminue les chances de rechute après une rémission. Et pour les enfants qui n'auront pas de rémission, on améliore le contrôle de l'asthme à long terme.»

L'étude a été réalisée à partir de données administratives obtenues en Alberta. Elle a porté sur quelque 7200 bébés nés entre 2010 et 2012 et qui ont reçu un diagnostic d'asthme avant l'âge de cinq ans. L'asthme de la moitié des sujets était bien contrôlé deux ans après le diagnostic, mais la maladie était seulement partiellement contrôlée chez 37 % d'entre eux et elle était hors de contrôle chez 12 % des sujets.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical BMJ Open Respiratory Research.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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