Les cégépiens de la réforme
L'arrivée des premiers réformés du renouveau pédagogique a lieu en ce moment dans les institutions collégiales du Québec. Chez les enseignants et les directions du milieu, les dernières semaines, voire les derniers mois, ont été marqués par l'appréhension de ce moment. La rencontre du troisième type.
Les cobayes de nos élites universitaires ont donc franchi les portes du cégep. Ces mêmes élites nous ont promis que «[l]'acquisition de compétences disciplinaires et transversales, par la mise en place d'une approche multidisciplinaire, contribuer[ait] significativement à la réussite de tous les élèves» (MÉQ, 1999; Conseil Supérieur de l'Éducation, 2001). Mais qu'en est-il vraiment?
Pour être honnête, j'aurais cru devoir vous dire que les arrivants de la réforme sont les premières victimes de l'incompétence transversale. Que leurs lacunes à l'écrit n'ont d'égal que leur inculture générale. Mais ce ne sera pas si simple.
Ce ne sera pas si simple car, d'emblée, cette nouvelle cohorte semble animée par un enthousiasme qui ne s'était pas vu depuis longtemps. De l'avis de plusieurs, les premiers-nés de la réforme se montrent volontiers participatifs. La qualité de leur expression orale pourrait être supérieure à celle de leurs prédécesseurs. Et on s'étonne de rencontrer des élèves capables de nommer les époques qui ponctuent l'histoire, du Moyen-Âge à aujourd'hui (le pourriez-vous?).
En peu de mots : une bonne première impression.
Peut-on néanmoins se fier à son premier jugement? Les quelque 140 élèves qui meublent mes classes ne représentent qu'un échantillon des 79 745 nouvellement inscrits cette année. Aucune évaluation sommative ne me permet pour l'instant de quantifier l'écart entre ceux-ci, les réformés, et ceux-là qui y ont «échappé». Quelques lignes écrites de leur main n'ont toutefois rien fait pour confirmer cet optimisme.
Le procès de la réforme reste donc à faire. Avant de pendre haut et court (ou de porter aux nues) le fruit d'années de recherche macérée dans les tours d'ivoire d'un ministère qu'on ne sait plus nommer, il faudra attendre la fin de cette première session.
Et il faudra aussi - surtout - que les enseignants de nos cégeps servent la même médecine à ceux-ci que celle qu'ils ont servie à ceux-là.
Martin Lemire
enseignant de littérature
Cégep régional de Lanaudière à L'Assomption
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