Pour une quatrième année consécutive
Les ventes d'alcool ont encore baissé l'an dernier, selon Statistique Canada
Par La Presse Canadienne
Des données récentes de Statistique Canada montrent que les magasins d'alcool ont enregistré une baisse de 1,6 % de leurs ventes en 2025.
«La baisse des ventes d'alcool s'est produite malgré une augmentation de 1,6 % du prix des boissons alcoolisées dans les magasins entre mars 2024 et mars 2025», indique l'agence, soulignant que «c'est la quatrième année consécutive que le volume des ventes diminue».
Au cours de cette période, les ventes de cannabis ont quant à elles augmenté.
«Les ventes de cannabis récréatif par les autorités provinciales et d'autres points de vente au détail ont bondi de 6,1 % par rapport à l'exercice précédent, pour atteindre 5,5 milliards de dollars en 2024-2025», rapporte Statistique Canada.
«Ce phénomène ne touche pas uniquement le Canada. C’est le cas partout en Amérique du Nord et en Europe. Dans de nombreux autres endroits, la consommation d'alcool a diminué au cours des cinq ou dix dernières années», indique Rod Phillips, professeur à l’Université Carleton d'Ottawa et spécialiste de l'histoire de l'alcool.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette tendance. La première est la prise de conscience croissante des effets négatifs de l'alcool, selon M. Phillips.
«L'Organisation mondiale de la santé et de nombreux organismes de santé publique, comme Santé Canada, avertissent la population qu'elle doit être consciente des risques liés à la consommation d'alcool.»
M. Phillips avance que les gens réduisent également leurs achats d'alcool en raison du problème d'accessibilité financière. Il ajoute que des études ont révélé que les jeunes adultes ont réduit leur consommation d'alcool à un rythme plus élevé que les autres tranches de la population.
«J'ai l'impression que les jeunes sont beaucoup plus réceptifs aux avertissements.»
C'est d’ailleurs ce qui ressort clairement des études menées en Europe.
«Plusieurs rapports récents font état d'un phénomène en Europe. Les soirées dansantes matinales sont de plus en plus courantes. Ainsi, au lieu de sortir le soir pour danser, les gens vont danser pendant la journée et il n'y a pas d'alcool. L'idée selon laquelle l'alcool est une condition sine qua non pour s'amuser est en train de disparaître», estime M. Phillips.
Il affirme que seul le temps nous dira comment la consommation d'alcool évoluera à l'avenir.
«Je suis très conscient que, en particulier dans l'industrie du vin, les emplois et la rentabilité des producteurs sont une préoccupation majeure. Mais nous avons supprimé l'industrie de l'amiante et nous avons en quelque sorte démantelé l'industrie du tabac. Il y a simplement des industries qui ne sont pas vraiment essentielles.»
M. Phillips croit que l’industrie de l'alcool pourrait bien en faire partie, puisque «c’est un produit assez facultatif».
Il rappelle que la consommation d'alcool a déjà diminué dans le passé.
«Les gouvernements américain et canadien ont imposé la prohibition aux peuples autochtones du XIXe siècle jusqu'au XXe siècle. Dans les pays musulmans, la prohibition existe depuis 1500 ans. Cette prohibition a donc pris de nombreuses formes et a évidemment eu un effet sur la consommation d'alcool.»
Mais ces campagnes visaient à créer un ordre moral ou social.
«Il est donc très difficile de comparer avec ce qui se passe actuellement. L'accent mis aujourd'hui sur la santé est quelque chose de vraiment nouveau», affirme M. Phillips.
Fakiha Baig, La Presse Canadienne
