Enquête sur la sécurité financière des ménages
Patrimoine: l’IRNS tente de mesurer l’écart entre les hommes et les femmes
Par La Presse Canadienne
Quel est l’écart de richesse entre les Canadiens et les Canadiennes? Une étude de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) tente de répondre à la question, puisque les statistiques officielles ne sont pas disponibles.
L’écart salarial entre les hommes et les femmes est bien documenté, mais le portrait est moins clair lorsqu’on parle du patrimoine, soit la valeur nette des actifs d’une personne, comme les propriétés, les investissements ou les régimes de retraite.
Dans son Enquête sur la sécurité financière des ménages, Statistique Canada se penche sur le patrimoine des ménages et non pas des individus. «Cette pratique-là, c’est comme si ça cache une grande partie des écarts de patrimoine (entre les hommes et les femmes en couple)», déplore la professeure Maude Pugliese en entrevue.
L’INRS a ainsi eu recours à l’intelligence artificielle pour combler cette lacune. «On a entraîné un algorithme pour prédire, pour les gens qui sont en union, quelle est la partie du patrimoine qu’ils possèdent individuellement ou (en commun)», explique Mme Pugliese.
«On a entraîné l’algorithme sur l’échantillon des personnes qui sont seules pour l’appliquer ensuite au sein des gens qui sont en union», ajoute la chercheuse.
Résultat: l’écart de patrimoine entre la Canadienne et le Canadien «moyen», soit à la médiane de la distribution en matière de richesse, est d’environ 28 000 $, en défaveur des femmes.
«C’est un écart d’à peu près 20 % par rapport aux hommes», précise celle qui est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en expériences financières des familles et inégalités de patrimoine.
La différence est plus grande que l’écart salarial entre les hommes et les femmes. En 2024, les Canadiennes ont gagné 89 cents pour chaque dollar gagné par un homme, selon Statistique Canada.
Le patrimoine moins élevé des femmes ne serait donc pas seulement lié à la rémunération moins élevée des travailleuses, avance Mme Pugliese.
Elle souligne que les femmes sont plus nombreuses à prendre des pauses professionnelles et à travailler à temps partiel pour s’occuper des enfants ou prendre soin de parents vieillissants.
Des profils d’investissements différents
En moyenne, les Canadiennes ont un profil d’investissement plus prudent, qui génère des rendements plus modestes à long terme.
«On se rend compte que, parce que les femmes ont souvent de moins gros salaires, elles vont être moins à l’aise de prendre des risques financiers», estime la chercheuse.
Leur perception de l’investissement à long terme peut également être différente, car elles prennent en compte les risques financiers liés à leurs obligations familiales.
«Souvent, notre orientation temporelle, c’est-à-dire à quel point on veut se prémunir de ce qui pourrait arriver immédiatement, comme une maladie, versus prendre des risques à long terme, ce n’est pas pareil non plus», explique Mme Pugliese.
L’IRNS avait déjà fait l’exercice pour le Québec dans une étude rendue publique en 2024. L’institut se penche désormais sur l’ensemble du Canada.
La réalité diffère d’une province à l’autre, constate la professeure. L’écart entre les genres est près de deux fois plus important en Alberta, dans les Prairies et dans les provinces de l’Atlantique qu’au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, souligne l’experte.
En 2005, l’écart était relativement similaire au Québec, en Ontario et en Alberta. S’il y a eu des améliorations «notables» dans les deux provinces voisines, selon les données de 2023, la situation «n’a presque pas changé» dans la province de Danielle Smith, constate Mme Pugliese.
Stéphane Rolland, La Presse Canadienne
