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Étude de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

Les travailleurs de la construction peinent à concilier emploi et famille

durée 12h00
8 février 2022
durée

Temps de lecture :

4 minutes

Par La Presse Canadienne

La moitié des travailleurs de la construction du Québec qui ont des enfants vivent avec des problèmes de conciliation travail−famille, selon une nouvelle étude publiée en janvier.

Ce sont 45 % d’entre eux, autant des hommes que des femmes, qui disent que leur emploi a une grande  influence négative sur leur vie familiale. Toutes les personnes sondées avaient soit des enfants, soit  un proche malade ou vieillissant à leur charge.

Les emplois dans le domaine de la construction «sont caractérisés par des horaires atypiques, de dures conditions de travail et une culture masculine qui valorise la force physique et la grande disponibilité», a fait valoir l’étude. Les deux tiers (63%) des répondants du sondage ont ainsi «rapporté avoir une grande ou très grande charge de travail».

Les personnes qui disaient avoir des problèmes de conciliation travail−famille avaient souvent «une moins bonne santé physique» et «un plus grand épuisement émotionnel, ce qui est un important indicateur de santé psychologique».

Pénurie de main−d’œuvre
Cette situation pourrait aussi contribuer à la pénurie de main−d’œuvre dans le secteur, ont avancé les auteures de l’article, Mélanie Lefrançois et Mélanie Trottier, deux professeures de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

En effet, «les conflits Famille−Travail semblent affecter la satisfaction au travail des hommes et des femmes. Cela se manifeste par leur intention de quitter leur emploi, ou même l’industrie», ont−elles constaté.

Les hommes sont plus nombreux à vouloir partir pour cette raison. Ceux−ci «ont plus de chance d’occuper des emplois qui impliquent du travail à l’extérieur, qui est plus affecté par le travail saisonnier et implique de longues et imprévisibles heures. On s’attend aussi à ce qu’ils acceptent des heures supplémentaires obligatoires».

«Alors que ma conjointe s’occupait des devoirs (des enfants), je faisais le souper, puis la vaisselle, et après je devais jouer avec eux, on ne peut pas les mettre au lit sans d’abord s’occuper d’eux, a raconté un ingénieur civil. Je n’avais pas le temps de me coucher à 19h. Maintenant, je m’assois sur une chaise et je ne peux pas m’en empêcher, des fois ça dure 10 minutes, mais mes yeux se ferment d’eux−mêmes. Je suis plus vieux maintenant (...) je suis plus fatigué la nuit.»

Une travailleuse a de son côté expliqué qu’«à la fin de la journée, je ne vais pas prendre une bière avec les gars. Je dois aller à la maison, tout faire, être prête pour le lendemain. C’est littéralement une course contre la montre».

Les femmes durement touchées
Si la vie familiale est affectée de la même manière chez les ouvriers, indépendamment de leur genre, les femmes sont les premières à voir leur carrière bousculée par leurs devoirs familiaux.

«Les femmes étaient significativement plus affectées par cet enjeu, a souligné l’étude, sans doute parce qu’elles étaient plus souvent interrompues par des problèmes familiaux, comme recevoir des appels de l’école ou devoir quitter le travail à cause d’un enfant malade, a conclu l’étude. Ce type de conflit est moins observé chez les hommes, probablement parce qu’ils ont souvent une épouse à la maison sur laquelle ils peuvent compter pour répondre à de telles demandes.»

Par exemple, un travailleur a témoigné être la troisième option si son enfant tombe malade, après son épouse et les grands−parents.

Une travailleuse a pour sa part expliqué qu’avec son conjoint «ça a toujours été notre entente. Son emploi a la priorité, je suis le second revenu. Je peux être plus flexible avec mes horaires».

D’autres sont monoparentales, et doivent alors jongler avec les différentes facettes de leur vie. «Si l’école appelle, je n’ai pas le choix, je dois quitter le travail, a dit l’une d’entre elles, d’un autre côté, dans la construction, on n’est pas payés si on n’est pas là, donc bien sûr le travail n’avance pas.»

Seulement 2,4 % des travailleurs du milieu étaient des femmes en 2019, d’après la Commission de la construction du Québec.

Mais la division des tâches selon des stéréotypes de genres affecte aussi les hommes, qui sont nombreux à sentir la pression de mettre de l’argent sur la table. Leur stratégie est souvent de travailler encore plus, comme a expliqué l’un d’eux: «c’est important, parce qu’avoir des enfants coûte cher, et j’ai besoin du régime complet d’assurance (seulement disponible après un certain nombre d’heures travaillées), alors c’est un compromis qu’on fait avec mon épouse».

L’étude s’appuie sur un sondage de 789 travailleurs, dont 85 % sont des hommes. Des entrevues semi−structurées ont aussi été conduites avec 20 travailleurs, soit 14 hommes et 6 femmes.

Cette étude a été financée par le ministère de la Famille, après que celui−ci a déterminé, en 2017, que dans le secteur de la construction, «les entreprises et les organisations appartenant à ce milieu ont le plus faible taux d’implantation de mesures de CTF (conciliation travail−famille)» par rapport à tous les domaines étudiés.
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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Clara Descurninges, La Presse Canadienne

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