Autonomie du mouvement communautaire
Des groupes de défenses perturbent les bureaux de services Québec
Par Salle des nouvelles
Vendredi dernier, le 13 mars, plusieurs groupes de défense collective des droits, faisant partie du Mouvement d’éducation populaire autonome de Lanaudière (MÉPAL), ont perturbé les bureaux de Services Québec à Joliette ainsi que celui du député François Saint-Louis afin de dénoncer une décision du gouvernement qu’ils considèrent comme une menace pour l’autonomie du mouvement communautaire.
En effet, Québec a pris la décision de fusionner deux fonds destinés au financement de l’action communautaire. Selon le Regroupement des organismes en défense collective des droits et le Réseau québécois de l’action communautaire autonome, cette décision compromet l’autonomie du mouvement communautaire et affaiblit un pilier essentiel de la démocratie québécoise.
« Ce que nous dénonçons, c’est une décision politique qui est présentée comme un simple ajustement administratif. En réalité, la fusion permettrait d’économiser l’équivalent d’environ 0,3 poste, soit entre 20 000 et 30 000 dollars par année. C’est clairement une décision politique et non économique qui nuira directement à la capacité des groupes à défendre les droits de la population. Ce projet de loi fait partie de la stratégie actuelle de la CAQ pour museler les mouvements sociaux et empêcher les contre-pouvoirs. Avec des projets de loi comme PL7, PL1 et PL13, c’est à une réelle dérive autoritaire que nous faisons face! », mentionne Jessica Lambert Massicotte du Mouvement d’éducation populaire autonome de Lanaudière.
Un fonds créé pour protéger l’indépendance du communautaire
Créé en 1996, le Fonds d’aide à l’action communautaire autonome constitue la première reconnaissance formelle du mouvement communautaire autonome. Sa mission : soutenir la défense collective des droits par l’entremise d’une instance indépendante des ministères.
« Cette indépendance est essentielle. Les groupes qui défendent les droits et dénoncent certaines politiques de l’État doivent pouvoir le faire sans craindre que leur financement soit influencé par les ministères qu’ils critiquent », soulignent les organisations.
La fusion avec le Fonds québécois pour les initiatives sociales, qui relève d’une autre logique et d’une autre mission, brouille les objectifs et fragilise cette protection, affirment-elles.
« Pour une économie d’à peine 20 000 $, le gouvernement est prêt à tourner le dos à 30 ans de relations avec le mouvement communautaire. C’est le prix qu’il semble accorder à la démocratie citoyenne et à la capacité des Québécoises et des Québécois de défendre leurs droits », dénoncent les groupes présents vendredi.
Une inquiétude pour l’autonomie et les contre-pouvoirs
Pour les organisations, l’enjeu dépasse largement la question budgétaire. La fusion des fonds pourrait rendre le financement des organismes plus facile à contrôler, à orienter — voire à réduire lorsque les groupes dérangent.
« En adoptant le chapitre 4 du PL7, la CAQ ne fusionne pas seulement deux programmes : elle affaiblit intentionnellement un pilier de la démocratie québécoise et un modèle unique au monde qui inspire les milieux associatifs de plusieurs pays. C’est inacceptable! », ajoute Catherine Pouliot du Mouvement d’éducation populaire autonome de Lanaudière.
