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Galette des Rois

Célébrer l’Épiphanie en s'emparant d'une tradition gastronomique païenne

Célébrer l’Épiphanie en s'emparant d'une tradition gastronomique païenne
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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Ce lundi, les gourmands du monde chrétien l’ont sûrement attendu avec impatience, car c’est le jour de l’Épiphanie et de la dégustation de la traditionnelle galette des Rois. Une tradition ancienne dont l’origine est, pour beaucoup d’entre nous, aussi obscure que celle des œufs de Pâques.

D’où nous vient cette tradition ? Liée à l’arrivée des rois mages auprès de l’Enfant Jésus, la galette n’aurait, à l'origine, pas grand-chose à voir avec le christianisme, selon les historiens. Elle serait en fait bien plus ancienne que cela et serait même... païenne.

Au risque de passer pour des mécréants, les historiens sont parvenus à faire remonter son origine jusqu’à l’antiquité romaine, comme le confirme l’autrice et historienne française Marie-Odile Mergnac, qui a consacré un livre aux spécialités de fêtes de nos cousins d’outre-Atlantique. Les Romains avaient pour habitude de célébrer, durant ce qui est devenu notre temps des fêtes, les Saturnales, qui marquaient la semaine du solstice d’hiver et rendaient hommage à Saturne, le dieu de l’agriculture.

La tradition voulait que, ce jour-là, maîtres et esclaves partagent ensemble un banquet durant lequel le plus jeune de l’assemblée, et donc théoriquement le plus innocent, était envoyé sous la table pour distribuer au hasard les parts d'une galette. On tirait ainsi au sort un esclave de chaque famille qui, le temps d’une journée, devenait «Prince des Saturnales» et voyait tous ses souhaits réalisés. Cette tradition était même déjà évoquée par l’historien romain Tacite, au Ier siècle de notre ère, qui la désignait comme celle du «Roi du jour».

Et comme souvent dans l’histoire, pour des raisons pragmatiques ou politiques — voire les deux —, les traditions païennes et chrétiennes se sont mélangées. On retrouve d’ailleurs une autre trace de cette ascendance païenne dans la forme de la galette, toujours ronde et dorée, pour rappeler le soleil, qui revient progressivement à partir du solstice d’hiver.

C’est aussi aux Saturnales que l’on doit la fève, qui permettait de désigner l’esclave roi. On glissait dans les premières galettes, de simples pains ronds à l’époque, une fève de haricot, symbole de fertilité. D’où le nom du petit sujet en porcelaine.

La forme qu’on connaît aujourd’hui de la fève viendrait quant à elle de la France du Moyen-Âge. À cette période, le «roi du jour» gagnait le droit de payer une tournée générale. Des petits malins à l’esprit large et à la bourse serrée auraient pris l’habitude d’avaler la fève de haricot pour s’épargner la dépense. La solution a été de faire une fève qui ne soit pas comestible.

Malgré son grand âge, l’exportation de la galette des Rois sous nos latitudes nord-américaines ne remontrerait qu’au XIXe siècle. La galette, également appelée «gâteau des rois» dans le sud de l’Europe, n’est mentionnée dans les livres de cuisine québécois qu’à partir 1878.

Son succès dans la Belle Province est encore plus tardif, et serait dû au grand nombre de Français venu s'établir ici depuis le début des années 2000. Selon le consulat français à Montréal, le nombre de français au Québec au 31 décembre 2023 était plus de 85 000. Et les boulangeries et pâtisseries de la province se sont tout naturellement converties à cette tradition qui leur apporte une clientèle en constante augmentation selon plusieurs propriétaires d'établissements.

Caroline Chatelard, La Presse Canadienne

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