Éviter les récidives
Un projet international dirigé au Québec pour le suivi après un cancer du sein
Par La Presse Canadienne
Afin d'améliorer le suivi des femmes après un cancer du sein, un projet international dirigé par une équipe de recherche du Québec vise à développer de nouvelles interventions pour les patientes sous hormonothérapie afin de prévenir les récidives.
La Dre Marie-Pascale Pomey, chercheuse au Centre de recherche du CHUM, et son équipe seront à la tête d'un consortium de sept groupes de recherche (dont deux au Québec, l'un au CHUM et l'autre à la Faculté de pharmacie de l'Université Laval). Les autres groupes de recherche sont situés en France, en Suisse, en Suède et en Belgique.
Ce projet permettra de comparer les recommandations de ces pays ainsi que les bonnes pratiques et les écarts existants. «Et comment on mobilise les professionnels de la santé de façon différente entre ces pays, et qu'est-ce qu'on peut apprendre des différents modèles qui ont été mis en place dans ces différents contextes?» ajoute Dre Pomey.
Elle fait valoir que le suivi des patientes après un cancer du sein est une problématique de santé publique importante, puisqu'il s'agit de l'un des principaux cancers diagnostiqués et la deuxième cause de décès par cancer chez les femmes.
L'objectif du projet est d'améliorer le suivi chez les patientes de plus de 65 ans sous hormonothérapie afin de prévenir les récidives. «Pour les personnes plus âgées, on a tendance à être un peu plus négligent sur les effets secondaires que ça peut provoquer. Et il n'y a pas de raison qu'on soit plus négligent envers ces populations», soutient Dre Pomey.
«Il y a un gros problème d'adhésion au traitement des femmes, parce que justement, on ne les sensibilise pas suffisamment à la manière dont elles peuvent elles-mêmes agir sur leurs effets secondaires et aussi à mieux mobiliser les ressources dans la communauté pour les aider à vraiment tirer le meilleur parti de ces traitements qui ont quand même montré des effets très positifs sur le moyen et long terme en termes de récidive.»
De plus, les personnes âgées ont souvent des multimorbidités, c'est-à-dire d'autres problématiques de santé qui viennent s'ajouter au cancer du sein. «On ne va pas forcément hiérarchiser les effets secondaires du traitement pour le cancer du sein par rapport à d'autres problématiques de santé. Or, ces problématiques ont un impact très important sur la qualité de vie de la personne», souligne Dre Pomey.
Pas toujours un oncologue pour le suivi
Les chercheurs veulent d'abord mieux comprendre quelles sont les pratiques actuelles et les recommandations pour le suivi des femmes après un traitement curatif pour le cancer du sein et la nécessité d'avoir un traitement d'hormonothérapie ensuite.
«À partir de là, on va travailler à construire une intervention qui va être coconstruite par des professionnels et par des femmes qui sont concernées par ce sujet pour voir quelles sont les interventions qui seraient les plus pertinentes à mettre en place», détaille Dre Pomey.
Plusieurs interventions ont déjà été proposées et seront validées dans le cadre des travaux. Dre Pomey donne quelques exemples. Les oncologues, du moins au Québec, doivent «changer leur mentalité» pour délaisser un peu plus le suivi de l'hormonothérapie lorsque le risque de récidive n'est pas important. «On a un petit travail à faire avec les oncologues [...] il y a comme un problème de responsabilité en lien avec la prescription de l'hormonothérapie où, de temps en temps, ils veulent garder le contrôle sur le suivi», explique Dre Pomey.
Selon elle, le suivi pourrait très bien être fait par un médecin de famille ou une infirmière praticienne spécialisée. «C'est que l'oncologue, il s'intéresse surtout au médicament [...] s'il fait son effet pour limiter les risques de récidive. Mais il ne va peut-être pas regarder la personne de façon holistique. Il ne va pas regarder tous les enjeux dans la vie de la personne, ce que va faire un groupe de médecins de famille», avance Dre Pomey.
«Un groupe de médecins de famille va s'intéresser à toute la santé physique, mentale, sociale de la personne, et c'est ça qu'on veut. On veut vraiment lui offrir un environnement où on n'est pas juste dans du suivi médicamenteux, mais sur une capacité de lui offrir un environnement qui lui permet de voir comment un tel traitement peut avoir des impacts sur toutes les sphères de sa vie et comment on peut y répondre.»
Justement, une autre intervention qui est proposée est le suivi par les paires. «De pouvoir tout de suite entrer en contact avec une personne qui est déjà sous traitement d'hormonothérapie depuis plusieurs années, afin qu'elle puisse discuter avec elle un peu de la manière dont ça s'est passé, comment elle a travaillé sur ses effets secondaires», décrit Dre Pomey.
La dernière étape du projet se rapproche d'une recherche clinique où les interventions seront testées par des patientes afin qu'au bout du compte, elles puissent apprendre à agir sur leur environnement pour limiter les effets secondaires et bénéficier d'un suivi réalisé par la première ligne.
Le projet a été financé à hauteur de 3,2 millions $ sur trois ans, dont 600 000 $ pour le Canada, par le programme européen Horizon Europe en plus d'un soutient financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et d'autres organismes nationaux européens.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne
