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Uniformiser plusieurs pratiques

Une consigne pancanadienne est-elle envisageable?

Une consigne pancanadienne est-elle envisageable?
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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Les tensions tarifaires avec les États-Unis ouvrent la porte à un plus grand libre-échange entre les provinces canadiennes. Et si c’était là une occasion pour uniformiser plusieurs pratiques, dont la consignation des contenants?

C’est l’avis de Mario Laquerre, professeur au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke et ancien directeur de Recyc-Québec.

«Avant les Fêtes, j’aurais dit qu’on n’en était pas là, confie-t-il en entrevue. Mais aujourd’hui, avec les tarifs douaniers décrétés par Trump et le discours ambiant sur l’harmonisation des procédés, la consigne unique pourrait être un premier geste d’unicité au Canada en matière de dérèglementation.»

«Il suffirait de s’entendre sur l’adoption d’une plateforme nationale pour déterminer quels contenants pourraient être consignés. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est quelque chose de possible, surtout que les bouteilles et les cannettes de bière sont déjà consignées à la grandeur du Canada et les bouteilles de vin le sont dans une majorité d’endroits», ajoute-t-il.

Plusieurs avantages

En uniformisant la consigne sur des dizaines, voire des centaines de contenants, bon nombre d’entre eux seraient retournés plutôt que d’être envoyés au recyclage ou à la poubelle.

«Au Nouveau-Brunswick, par exemple, la caisse de 24 bières se vend deux fois plus cher qu’au Québec, indique Mario Laquerre. Alors, les Néo-Brunswickois qui demeuraient près de la frontière allaient acheter de la bière au Québec. Après, la province se retrouvait avec plein de cannettes et de bouteilles qu’elle ne peut pas consigner

Karen Wirsig, gestionnaire du programme pour les plastiques chez Environmental Defence Canada, croit aussi qu’une telle aventure serait envisageable. « La plupart des boissons qu’on achète au Canada sont produites par deux ou trois grandes entreprises. Franchement, ça serait normal qu’on puisse retourner leurs contenants dans n’importe quelle province », plaide-t-elle.

«Un cadre national augmenterait l'offre de matériaux recyclés dans notre économie et réduirait la nécessité d'importer du contenu recyclé d'autres juridictions », soutient Erich Schmidt, directeur des communications et relations gouvernementales à l’Association canadienne des boissons.

«L'harmonisation pourrait être soutenue par le Conseil canadien des ministres de l'environnement, où le gouvernement fédéral peut jouer un rôle de soutien en développant un cadre national de recyclage avec des rapports cohérents, des définitions communes et des normes nationales pour la gestion des matières», suggère-t-il.

Divergences entre provinces

Parmi les huit provinces disposant d’un système de consigne, le taux de retour des contenants varie de 65% à 85%, indique M. Schmidt. Le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard figurent parmi les premiers de classe avec un taux de retour supérieur à 70%.

À l’inverse, l’Ontario a la réputation du cancre des provinces en matière de revalorisation des contenants. Sans système de consigne sur les contenants de boissons non alcoolisées, le taux de revalorisation des contenants est de 51% chez nos voisins, selon Circular Materials Canada.

«On estime que 1,7 milliard de bouteilles en plastique vont au dépotoir chaque année en Ontario en raison de l’absence de système de consigne», note Karen Wirsig.

Le Manitoba n’a pas non plus de système de consigne pour ses boissons non alcooliques.

Or, les spécialistes sont unanimes : la consigne permet de récupérer et de revaloriser un plus grand nombre de contenants que la collecte sélective. L’incitatif financier y est pour quelque chose.

Unis sur l’objectif, à chacun sa méthode

La gestion des déchets et la revalorisation d’autres étant de juridiction provinciale, cela explique pourquoi chaque province a développé son propre système de dépôt et de récupération des contenants. Ceux-ci n’auraient pas besoin d’être revus, autrement que de s’adapter aux nouveaux récipients qui deviendraient consignés.

« Un système de consigne généralisé au pays permettrait tout de même des différences régionales pour la collecte », souligne Mme Wirsig.

Si au Québec, il est possible de rapporter ses contenants chez les épiciers, au dépanneur et dans certains points de dépôt Consignaction, en Ontario, ce sont les détaillants de bière et de vin (LCBO) qui recueillent les bouteilles.

« En Colombie-Britannique, ils fonctionnent avec des systèmes de dépôt, alors qu’au Nouveau-Brunswick, les gens vont porter leurs contenants dans des petits commerces familiaux», illustre Mario Laquerre.

«En Alberta, en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, il faut aller dans des points de dépôt, explique Karen Wirsig. Mais ce qui fonctionne le mieux, c’est de retourner les contenants chez le détaillant, parce que c’est un déplacement qu’on ferait de toute façon

L'Association québécoise de récupération des contenants de boissons / Consignaction n’a pas donné suite à nos multiples demandes d’entrevue.

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Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse d’excellence de l’Association des journalistes indépendants du Québec.

Marie-Ève Martel, La Presse Canadienne

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