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Association québécoise des médecins pour l’environnement

Des médecins demandent une stratégie nationale pour un air pur

Des médecins demandent une stratégie nationale pour un air pur
Photo: La Presse Canadienne, 2024

L’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) publie un «Cadre de référence pour un air sain», et demande une refonte de la gestion gouvernementale de la qualité de l’air.

L’initiative est soutenue par 14 associations médicales, ordres professionnels, syndicats et autres organisations, dont le Collège des médecins du Québec.

Le document d’une vingtaine de pages publié par l’AQME souligne que même si le Québec a fait des avancées majeures au cours des deux dernières décennies pour améliorer la qualité de l’air, la pollution atmosphérique demeure un enjeu important.

En s’appuyant sur les données de Santé Canada, l’AQME affirme qu’au Québec, la pollution de l’air est associée à 4000 décès prématurés par année, pour des coûts sanitaires annuels évalués à 30 milliards $.

«Ce qui ressort de plus en plus dans les études de façon générale, c'est qu'on a sous-estimé la pollution atmosphérique», a indiqué Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’AQME, avant d’énumérer une panoplie de maladies causées par les polluants dans l’air.

«Dès l'enfance, on documente une plus grande susceptibilité à développer de l’asthme, des troubles neurodéveloppementaux, à l'âge adulte, on a documenté des cas de démence précoce, une augmentation de la mortalité toutes causes confondues, des maladies cardiovasculaires, le vieillissement accéléré de la peau, le diabète... La liste est vraiment longue», a expliqué la médecin et co-auteure du document.

Mettre à jour les seuils de toxicité

L’AQME demande notamment au gouvernement du Québec de mettre à jour les seuils de toxicité de certains polluants atmosphériques.

«L'Organisation mondiale de la santé a révisé en 2021 ses normes de qualité de l'air» et «pour plusieurs polluants, les seuils de toxicité sont moins élevés que ce qu'on pensait», donc plus dangereux, a expliqué la présidente de l’AQME à La Presse Canadienne.

C’est le cas des particules fines, appelées aussi PM2.5, qui sont émises sous forme de poussière et qui proviennent des gaz d’échappement des véhicules, de l’agriculture, des feux de forêt ou de la combustion de bois, de mazout ou de charbon, entre autres.

Selon l’AQME, les particules fines de 2,5 micromètres de diamètre sont particulièrement nocives pour l’être humain, car leur petite taille leur permet d’être absorbées par les voies respiratoires, de circuler dans le réseau sanguin et de s’accumuler dans les organes du corps humain.

«L'Organisation mondiale de la santé estime que la moyenne quotidienne devrait être au taux maximal de 15 microgrammes par mètre cube (µg/m3). Mais au Québec, on est encore à 30 µg/m3 autorisé comme moyenne quotidienne», a déploré la Dre Pétrin-Desrosiers.

Comme les connaissances sur les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique évoluent, «la lutte à la pollution de l’air devrait être modulée en continu, en fonction des nouvelles données existantes et qui deviennent disponibles au fil du temps», selon le cadre rédigé par  l’Association québécoise des médecins pour l’environnement.

Dépassement des normes et registre

Certaines entreprises ont des autorisations pour émettre des polluants au-delà des limites permises, comme la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, qui émet notamment de l’arsenic, du plomb et du nickel. Or, l’AQME s'inquiète que plusieurs des industriels qui détiennent des permis d’autorisation d’émissions de contaminants atmosphériques au-delà des normes prescrites «soient situés dans des régions où la qualité de l’air demeure mauvaise entre 20 et 30 % des journées». 

D’où l’importance, selon les médecins, de mieux informer la population «en temps réel des niveaux réels de chacun des contaminants» en comparaison des niveaux considérés nocifs.

Un des problèmes, souligne l’AQME, est que l’accès à l’information portant sur ces entreprises et sur les plans d’amélioration auxquels elles sont soumises «demeure difficilement accessible puisqu’une demande d’accès à l’information doit être déposée».

Cet enjeu d’accès à l’information pour la population pourrait être réglé par la mise en place du registre public sur l’information environnementale, prévu par la loi, mais qui se fait attendre depuis des années.

L’article 118,5 de la Loi sur la qualité de l’environnement stipule que le ministre de l’Environnement doit tenir un registre public contenant une panoplie de renseignements sur des projets et des activités industriels.

«Ce registre permettrait à la population un accès automatique et continu aux informations sur l’impact environnemental présumé de projets de développement en attente, ou ayant reçu une autorisation ministérielle», souligne le document de l’AQME.

L’Association québécoise des médecins pour l’environnement souhaite que le Cadre de référence sur l’air publié mardi contribue à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une «Stratégie nationale de l’air sain».

Celle-ci devrait, selon les médecins, inclure «de nouvelles normes de qualité de l’air, une refonte de l’Indice de la qualité de l’air ainsi qu’un programme de gestion de la qualité de l’air robuste et systématique».

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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