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15 mars 2021 - 08:00

Enquête de Statistique Canada

La désinformation pendant la pandémie de COVID-19

Par Salle des nouvelles

Le présent article, rédigé par Karine Garneau et Clémence Zossou de Statistique Canada, s’appuie sur les données de la quatrième Série d'enquêtes sur les perspectives canadiennes : les sources d'information consultées pendant la pandémie (SEPC), qui s’est déroulée du 20 au 26 juillet 2020 auprès des Canadiens âgés de 15 ans et plus vivant dans les 10 provinces. Il s’intéresse aux informations vues sur Internet par les Canadiens ayant consulté des sources en ligne pour s’informer au sujet de la COVID-19 ainsi qu’au partage d’informations sur la COVID-19. L’article examine notamment les méthodes de vérification employées par les Canadiens pour s’assurer de l’exactitude de l’information trouvée en ligne, ainsi que les informations suspectes vues en ligne au sujet de la COVID-19. Voici les résultats de l'enquête.

Depuis le début de la pandémie, beaucoup d’informations ont circulé en ligne et sur les réseaux sociaux concernant la COVID-19, et les Canadiens ont été nombreux à se tourner vers les ressources en ligne pour s’informer à ce sujet.

La pandémie de la COVID-19 a été accompagnée d’une infodémie, soit une surabondance d’informations, dont certaines sont véridiques et d’autres non, rendant ainsi la recherche de faits et de sources fiables très difficiles pour la population. La désinformation dans le contexte de la COVID-19 peut également mettre en danger la santé de la population, en particulier lorsque les nouvelles répandues portent sur de fausses mesures préventives, de faux traitements ou ébranlent la confiance de la population envers les services de santé et les institutions publiques et politiques (OMS, 2020; OCDE, 2020).

Depuis déjà quelques années, des organismes nationaux et internationaux tentent de mieux comprendre les mécanismes de la désinformation et la façon d’en limiter la portée. Pour contrer la désinformation, la population et les décideurs ont besoin de s’appuyer sur des environnements d'information sains et résilients (OCDE, 2020). En ce sens, les institutions publiques, les plateformes en ligne et les utilisateurs d’Internet ont tous un rôle à jouer pour diminuer les effets de la désinformation.

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) identifiait trois piliers de la lutte contre la désinformation : l’importance d’une communication stratégique transparente de la part des institutions publiques, le rôle des plateformes en ligne en tant qu'acteurs pertinents pouvant restreindre la circulation de fausses allégations et enfin l’éducation, soit équiper les générations futures des compétences numériques et médiatiques appropriées (OCDE, 2020; Goch, 2020).

À l’échelle nationale, le gouvernement canadien s’engage depuis quelques années dans la lutte contre la désinformation, notamment en soutenant des initiatives qui visent l’éducation à la citoyenneté numérique et à la création d’écosystèmes d’information sains (Patrimoine Canadien s.d.a; Patrimoine Canadien, s.d.b).

Désinformation en ligne
Pendant la pandémie, neuf Canadiens sur dix (90 %) ont eu recours à différentes sources d’information en ligne pour s’informer sur la COVID-19, les trois principales étant les journaux en ligne ou les sites d’actualités (63 %), les publications sur les médias sociaux d’organismes de presse ou magazines (35 %) ainsi que celles sur les médias sociaux d’autres utilisateurs ou d’influenceurs (30 %).

Au cours des premiers mois de cette crise sanitaire, 96 % des Canadiens ayant utilisé Internet pour s’informer ont vu des informations sur la COVID-19 qu'ils ont soupçonnées être trompeuses, fausses ou inexactes. Parmi eux, le quart (25 %) ont vu des informations suspectes plusieurs fois par jour, 14 %, une fois par jour, et 29 %, au moins une fois par semaine. Un peu moins du tiers des Canadiens (28 %) ont indiqué avoir rarement vu de fausses informations et 4 % ont répondu ne jamais en avoir vu.

De plus, près de deux Canadiens sur cinq (40 %), quel que soit le sexe, rapportaient avoir déjà cru que des informations liées à la COVID-19 étaient vraies pour ensuite réaliser que ce n'était pas le cas.

L’enquête révélait également que plusieurs Canadiens n’avaient pas l’habitude de vérifier l’exactitude des informations trouvées en ligne, avec seulement 21 % des répondants qui l’ont fait toujours et 37 % qui l’ont fait souvent. En effet, environ 36 % des Canadiens ont répondu avoir vérifié parfois (24 %) ou rarement (12 %) l'exactitude des informations sur la COVID-19 trouvées sur Internet, ce qui facilite le partage d’informations potentiellement trompeuses, fausses ou inexactes.

La raison la plus fréquemment énoncée par les 1,5 million (6 %) de Canadiens n’ayant jamais vérifié l’exactitude des informations était qu’ils faisaient confiance à la source (53 %). Parmi les autres raisons mentionnées, 22 % rapportaient ne pas avoir pensé faire de vérification, 20 % ne se sont pas souciés de vérifier la source, 11 % ont dit ne pas savoir comment vérifier et 10 % n'ont pas eu le temps de vérifier. Les proportions observées chez les hommes et les femmes étaient semblables pour chacune des raisons énoncées.

Partage des informations
Au cours des premiers mois de la pandémie, un peu plus de la moitié des Canadiens (53 %) ont partagé de l’information sur la COVID-19 trouvée en ligne sans en connaître l'exactitude (22 % toujours, souvent ou parfois et 31 % rarement), tandis que l’autre moitié (47 %) n’ont jamais partagé de l’information non vérifiée. Les habitudes de partage de l’information ne variaient pas selon le sexe, mais des différences étaient observées selon le groupe d’âge et le niveau de scolarité des répondants.

Les Canadiens âgés de 55 ans et plus (25 %) étaient plus susceptibles que ceux âgés de 15 à 54 ans (20 %) de partager toujours, souvent ou parfois des informations sur la COVID-19 sans en avoir vérifié l’exactitude (tableau 1). En outre, les Canadiens âgés de 15 ans et plus possédant un diplôme d’études universitaires (17 %) étaient moins susceptibles que ceux ayant un diplôme d’études secondaires ou moins (27 %) et ceux ayant fait des études postsecondaires non universitaires (22 %) de partager toujours, souvent ou parfois des informations non vérifiées.

Enfin, plus les répondants âgés de 55 ans et plus étaient scolarisés, moins ils étaient susceptibles de partager, toujours, souvent ou parfois, des informations dont ils n’étaient pas certains de l’exactitude (tableau 1). Chez les Canadiens âgés de 15 à 54 ans, le niveau de scolarité ne semble pas avoir un effet sur le fait de partager ou non des informations non vérifiées.

La consultation d'autres sources était la stratégie la plus utilisée par les Canadiens pour vérifier l'exactitude des informations sur le COVID-19 trouvées sur Internet

Les Canadiens ont utilisé différentes méthodes pour vérifier l'exactitude des informations trouvées en ligne sur la COVID-19. Les deux méthodes les plus utilisées étaient la consultation d’autres sources (69 %) et cliquer sur le lien afin de lire l’article au complet (53 %). La vérification de la date des renseignements venait en troisième position et elle était utilisée par environ un Canadien sur trois (29 %).

Le choix des méthodes de vérification de l’exactitude des informations trouvée en ligne sur la COVID-19 variait selon le niveau de scolarité et le groupe d’âge, mais ne différait pas selon le sexe.

Les répondants ayant un plus haut niveau de scolarité étaient plus susceptibles que les répondants ayant un niveau de scolarité moins élevé de consulter d’autres sources ou de cliquer sur le lien afin de lire l’article au complet pour vérifier les informations. Par exemple, 77 % des Canadiens ayant un diplôme d’études universitaires ont utilisé la stratégie consistant à consulter d’autres sources, comparativement à 68 % chez ceux ayant un diplôme d’études postsecondaires et à 61 % chez ceux possédant un diplôme d’études secondaires ou moins. La même tendance est observée pour la méthode qui consiste à cliquer sur le lien pour lire l’article au complet.

Ensuite, pour chacune des méthodes de vérification énoncées dans l’enquête, les Canadiens âgés de 15 à 54 ans étaient plus susceptibles que ceux de 55 ans et plus de les utiliser pour vérifier l’exactitude des informations trouvées en ligne. Par exemple, le fait de cliquer sur le lien pour lire l’article au complet était une stratégie utilisée par 57 % des Canadiens âgés de moins de 55 ans et par 45 % de ceux de 55 ans et plus.

Parmi les autres méthodes de vérification utilisées, un peu moins de 30 % des Canadiens ont fait une recherche pour en savoir plus sur la crédibilité de l'auteur ou de la source (27 %) ou lu les commentaires pour voir la discussion sur le sujet ou la source (26 %).

Notes
La SEPC est une série d’enquêtes par panel en ligne lancée par Statistique Canada en avril 2020 afin d'évaluer la façon dont les Canadiens vivent cette période de pandémie. Dans la plupart des cas, les mêmes répondants sont suivis au fil du temps, et les panels sont statistiquement représentatifs de la population canadienne.

Les questions sur l'exposition à la désinformation reflètent la perception des répondants sur la qualité de l'information qu'ils ont vue en ligne. Ces perceptions sont auto-déclarées et Statistique Canada n'a pas vérifié l'exactitude des informations vues en ligne.

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