Une veillée à Montréal marque l'anniversaire de l'attaque contre la mosquée de Québec

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les organisateurs d'une veillée à Montréal pour marquer le neuvième anniversaire de l'attaque à la grande mosquée de Québec, qui a fait 6 morts et 19 blessés, affirment qu'ils dénoncent le racisme à un moment où l'islamophobie est forte au Québec.
«Nous courons toujours le risque que cela se reproduise», a déclaré Jawad Kanani, un membre du conseil de la Semaine de sensibilisation musulmane.
Plusieurs activités ont été prévues dans le cadre de la Semaine de sensibilisation musulmane dans la ville, notamment une veillée jeudi en fin d'après-midi pour marquer l'anniversaire de l'attaque du 29 janvier 2017.
Cette initiative d'une semaine a été créée à la suite de la fusillade afin de remédier à ce que les organisateurs décrivent comme un manque de compréhension à l'égard des communautés musulmanes. Samira Laouni, cofondatrice de la Semaine de sensibilisation musulmane, a déclaré que la veillée annuelle rendait hommage aux victimes et aux blessés tout en luttant contre l'islamophobie.
«Nous voulons garder nos souvenirs vivants», a déclaré Mme Laouni.
M. Kanani a souligné que la veillée intervient à un moment où de nombreux musulmans du Québec continuent de se sentir en insécurité.
Il a ajouté qu'il fréquente une mosquée du centre-ville de Montréal où les gens prennent souvent des précautions supplémentaires. Il s'agit notamment d'organiser des escortes pour les fidèles qui doivent marcher longtemps pour rejoindre leur voiture.
«Nous ne savons jamais qui nous pourrions rencontrer dans la rue, a-t-il indiqué. Il existe clairement une polarisation au sein de notre société.»
Stephen Brown, président-directeur général du Conseil national des musulmans canadiens, a déclaré que l'attaque contre la grande mosquée de Québec n'était pas un incident isolé, mais qu'elle faisait suite à une série d'incidents islamophobes. Au cours des mois qui ont précédé la fusillade, une tête de porc a été déposée devant le Centre culturel islamique de Québec — un acte offensant pour les croyances religieuses musulmanes — et un groupe d'extrême droite appelé les Soldats d'Odin a patrouillé dans les quartiers où se trouvent des mosquées à Québec.
«Le phénomène a été banalisé publiquement», a soutenu M. Brown. Il a ajouté que les leçons tirées de l'attaque semblent être de plus en plus oubliées. «Le discours dans la société actuelle et le sentiment des musulmans au Québec sont remarquablement similaires au contexte qui existait avant l'attaque», a-t-il affirmé.
M. Brown a indiqué que les demandes d'aide juridique auprès du Conseil national des musulmans canadiens avaient considérablement augmenté. Il a ajouté que la clinique juridique du conseil avait reçu plus d'appels chaque mois l'année dernière que pendant toute l'année précédente, les femmes et les enfants représentant une grande partie des personnes demandant de l'aide.
«Je ne peux pas vous dire combien de personnes me demandent s'il y a un avenir pour elles au Québec», a déclaré M. Brown.
Mme Laouni a affirmé qu'elle se sentait «rejetée» en tant que musulmane vivant au Québec aujourd'hui, citant des lois telles que le projet de loi 94, sur la fréquentation de l’école à visage découvert, et le projet de loi 9, qui interdit la prière et le port du voile dans les institutions publiques.
Elle a déclaré que le débat public autour de ces lois avait semé la discorde et elle appelle les Québécois à faire preuve de solidarité contre la haine.
«Lorsqu'un droit est érodé, tous les droits sont érodés», a-t-elle déclaré.
M. Brown a affirmé qu'il restait optimiste malgré les défis à relever.
Il a indiqué que la population canadienne avait «toujours démontré sa capacité à changer de perspective et à créer des opportunités pour vivre ensemble».
En octobre, Ensemble Montréal, la nouvelle administration municipale dirigée par Soraya Martinez Ferrada, a annoncé de nouvelles mesures visant à lutter contre l'islamophobie, affirmant que la communauté musulmane a trop souvent été la cible d'insultes et de préjugés qui alimentent la méfiance et la division.
L'attaque de la mosquée de Québec a eu lieu le 29 janvier 2017, lorsque Alexandre Bissonnette est entré dans le Centre culturel islamique du quartier Sainte-Foy pendant la prière du soir et a ouvert le feu sur les fidèles.
Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti ont été tués lors de l'attaque.
Bissonnette a d'abord été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans. En appel, la plus haute cour du Québec a réduit la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle à 25 ans.
Charlotte Glorieux, La Presse Canadienne