Un El Niño particulièrement intense aurait des répercussions au Canada

Temps de lecture :
3 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
Le réchauffement rapide de la planète, attribuable aux changements climatiques d'origine humaine, devrait amplifier ce que les prévisionnistes qualifient de «El Niño surpuissant», ce qui pourrait entraîner d'importantes chaleurs et des sécheresses dans certaines régions du Canada.
Les prévisionnistes sont de plus en plus convaincus qu'un El Niño se manifestera dans les mois à venir. El Niño fait grimper les températures mondiales et a, par le passé, provoqué des sécheresses catastrophiques en Indonésie, en Australie et en Asie du Sud, ainsi que de graves inondations en Amérique du Sud et dans la Corne de l'Afrique.
Au Canada, El Niño annonce généralement un hiver doux. Cette tendance est particulièrement marquée dans l'Ouest canadien, mais elle s'étend parfois au reste du pays, a précisé Bill Merryfield, chercheur scientifique au ministère de l'Environnement et du Changement climatique.
Des conditions plus sèches sont également possibles, a-t-il ajouté, bien que cela reste plus incertain.
Le dernier El Niño, un phénomène intense qui a duré toute l’année de 2023 à 2024, a contribué à l’hiver le plus chaud jamais enregistré au Canada et a réduit l’épaisseur du manteau neigeux. La production d’hydroélectricité a diminué et certaines stations de ski ont connu des années désastreuses.
Les prévisionnistes estiment que le phénomène El Niño qui se profile pourrait être encore plus intense, menaçant de faire de l’année prochaine la plus chaude jamais enregistrée, dépassant même 2024.
«Les modèles tendent à indiquer qu’il y a une certaine probabilité que ce soit en fait le phénomène El Niño le plus intense de l’histoire récente, a prévenu M. Merryfield. Il est encore trop tôt pour affiner les prévisions, mais cela semble être une possibilité réelle.»
El Niño et son opposé, La Niña, font partie d’un cycle climatique naturel lié aux mouvements des masses d’eau chaude dans le Pacifique équatorial.
Il n’y a pas deux El Niño identiques, mais ils se produisent désormais tous sur une planète plus chaude, ce qui amplifie leurs effets. Un océan et une atmosphère plus chauds signifient qu’il y a davantage d’énergie et d’humidité pour alimenter les vagues de chaleur et les fortes précipitations.
Le réchauffement sans précédent provoqué par l'utilisation de combustibles fossiles a fait grimper les températures mondiales à environ 1,4 °C au-dessus des moyennes préindustrielles, plaçant la planète sur le point de dépasser les objectifs climatiques mondiaux environ une décennie plus tôt que ce que les scientifiques avaient initialement prévu.
Si El Niño menace d'entraîner des «conditions très extrêmes» à l’échelle mondiale plus tard cette année, «ce n’est pas une raison pour paniquer», selon Friederike Otto, climatologue de l’Imperial College de Londres qui dirige le groupe World Weather Attribution (WWA).
«El Niño est un phénomène naturel. Il va et vient. Les changements climatiques, en revanche, ne cesseront de s’aggraver tant que nous ne cessons pas de brûler des combustibles fossiles, et il a déjà une influence bien plus forte sur de nombreux phénomènes extrêmes que la plupart des modes naturels de variabilité» du climat, a déclaré Mme Otto aux journalistes lors d’un point presse cette semaine.
Pour souligner ce point, Mme Otto a évoqué la sécheresse exceptionnelle de 2023 dans le bassin amazonien. Si El Niño et le changement climatique ont tous deux contribué à réduire les précipitations dans la région, la hausse des températures d’origine humaine s’est avérée être le principal facteur de la sécheresse, selon un rapport du WWA, une collaboration internationale de climatologues.
«Le changement climatique est une raison de s’alarmer, idéalement de manière constructive, en agissant pour y remédier. Nous savons ce qu’il faut faire. Nous disposons des connaissances et de la technologie nécessaires pour nous éloigner très, très loin de l’utilisation des combustibles fossiles.»
Jordan Omstead, La Presse Canadienne