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Un chercheur américain veut mieux comprendre les flatulences

durée 11h12
20 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Combien de fois par jour flatulons-nous? Y a-t-il un nombre 'moyen' ou 'normal' de flatulences? Comment la composition gazeuse des flatulences témoigne-t-elle de notre alimentation ou de la composition de notre microbiome intestinal? Est-ce que ça pourrait un jour aider à détecter certains problèmes plus rapidement?

Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles souhaite répondre le microbiologiste Brantley Hall, de l'Université du Maryland, avec son projet Human Flatus Atlas ― «une étude nationale unique en son genre qui utilise la technologie des sous-vêtements intelligents pour quantifier enfin l'amplitude de la production de gaz intestinaux et examiner ce que ces schémas révèlent sur la santé intestinale et le microbiome», peut-on lire sur le site web du projet.

«Imaginez que vous alliez chez le médecin et que vous lui disiez : 'Je crois que j'ai un problème cardiaque'. Il mesurerait votre fréquence cardiaque. Mais si vous allez chez le médecin en disant : 'J'ai un problème de santé intestinale', il vous répondra : 'C'est dans votre tête. Vous trouvez que vous flatulez beaucoup?», a-t-il dit.

«Et c'est justement ça qu'on veut changer. Nous voulons donner aux médecins un moyen objectif de mesurer les flatulences et nous voulons nous fixer comme objectif de mener des recherches scientifiques pour comprendre la production de gaz par les micro-organismes.»

Le professeur Hall et ses collègues ont tout d'abord essayé de mesurer la quantité d'hydrogène produite par la flore intestinale dans une chambre sans oxygène. Quand cette approche n'a pas donné les résultats escomptés, ils ont placé le capteur dans leurs sous-vêtements pour pouvoir flatuler directement dessus.

En réponse au succès tonitruant de cette nouvelle stratégie, ils ont développé un autre capteur qui a récemment été décrit par le journal scientifique Biosensors and Bioelectronics: X.

De la taille d'une pièce d'un dollar, le capteur s'installe à l'extérieur du sous-vêtement, face à la partie anatomique appropriée, et peut apparemment être porté en tout confort toute la journée ― sauf, évidemment, pour faire du vélo.

Lors de tests préliminaires, les participants ont flatulé, en moyenne, 32 fois par jour, avec un minimum de quatre flatulences et un maximum de 59. Trente-six des 38 participants ont flatulé plus souvent après avoir commencé à manger des gélules de fibres.

«Nous mesurons la teneur en hydrogène dans les flatulences, a dit le professeur Hall. Nous pouvons donc vous donner une valeur chiffrée, mais aussi une estimation de la concentration, c'est-à-dire la quantité totale émise. En gros, nous détectons si l'appareil est porté, puis le nombre de flatulences et leur volume. Et il y a d'autres indicateurs que l'on peut en déduire. Par exemple, si vous avez mangé à un certain moment, à quelle vitesse avez-vous commencé à émettre des flatulences.»

Les participants ont semblé appartenir à trois catégories: ceux qui ne flatulaient presque jamais, même si leur alimentation était riche en fibres; ceux qui produisaient des quantités élevées d'hydrogène et flatulaient beaucoup; et les autres, ceux qui représenteraient la 'normale' ou la 'moyenne', même si on ne comprend pas encore exactement ce que ça veut dire.

Au-delà de l'incontournable aspect comique de la chose, ce projet devrait permettre de combler plusieurs lacunes des connaissances scientifiques, assure le professeur Hall: si on connaît le rythme cardiaque normal, et si on connaît le taux de cholestérol normal, on ne sait en revanche pratiquement rien des flatulences.

«Si vous produisez 40, 50 événements ou plus par jour, votre microbiome a beaucoup à nous apprendre», lancent les chercheurs à ceux qu'ils appellent les «hyperproducteurs d'hydrogène».

En revanche, disent-ils aux autres, «vous consommez des fibres. Vous mangez des haricots. Et pourtant, presque rien ne se passe. Si votre intestin reste silencieux malgré une alimentation qui devrait produire des gaz, nous voulons savoir pourquoi. Vous détenez peut-être des indices sur l'efficacité microbienne que la science n'a pas encore expliqués».

Ce projet est d'autant plus pertinent que le secteur du microbiome intestinal est en pleine ébullition depuis quelques années, alors que les chercheurs découvrent des liens insoupçonnés entre la flore intestinale et de multiples facettes de la santé humaine, croit le professeur Hall.

«Nous sommes très intéressés par l'étude de la composition du microbiome, et cela nous offre en quelque sorte un outil de surveillance de son activité en temps réel», a-t-il expliqué.

Cette surveillance, a ajouté le professeur Hall, pourrait un jour jouer un rôle diagnostique: si un cardiologue demande à son patient de porter un appareil pendant 24 ou 48 heures pour enregistrer son rythme cardiaque, pourquoi un gastro-entérologue ne ferait-il pas de même avec le microbiome?

L'intérêt est indéniable: quelque 9000 personnes se sont inscrites pour participer au projet ― «nous sommes complètement dépassés», a admis le professeur Hall ― mais les chercheurs ne disposent pour le moment que d'environ 1800 capteurs, soit un capteur pour chaque cinq personnes intéressées. Ils ont donc été contraints de suspendre les inscriptions.

«Si je vous disais que mes recherches portent sur le flux d'électrons dans le microbiome intestinal, vous ne m'intervieweriez probablement pas, a conclu le professeur Hall. Mais si vous voulez parler de pets, ça, c'est drôle. Et donc, ça ne me dérange pas. J'adore les blagues sur les pets. Écoutez, des milliers de personnes me racontent des blagues sur les pets en ce moment. Ça ne me pose aucun problème que ce soit drôle, parce qu'on fait vraiment de la science très complexe, et donc c'est marrant. La science, c'est difficile, alors s'amuser en le faisant, c'est vraiment important pour nous.»

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Sur internet:

https://www.flatus.info/

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne