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Natan Obed revient sur l'héritage de la gouverneure générale Mary Simon

durée 02h00
7 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed, est fier de la manière dont la gouverneure générale Mary Simon a mis à profit son mandat pour rechercher un équilibre entre ses deux identités: celle de femme inuite et celle de représentante de la Couronne au Canada.

«L'autodétermination signifie également que l'on peut décider de jouer ou non un rôle au sein de ce pays, et je pense que Mary a su trouver un équilibre entre son identité autochtone et sa fonction officielle de chef de l'État au nom du roi pour le Canada», a-t-il souligné.

«Tout au long de son mandat de gouverneure générale, elle a conservé cette attitude terre-à-terre dans sa manière d’interagir avec les gens et de prendre soin d’eux», a-t-il affirmé.

Mme Simon, qui s’est battue pendant des années pour la réconciliation du Canada avec les peuples autochtones, arrive au terme de son mandat, après avoir servi à la fois la reine Elizabeth et son fils, le roi Charles.

Louise Arbour, ancienne juge de la Cour suprême et haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, devrait la remplacer lundi.

M. Obed a expliqué qu’il voyait Mme Simon comme une sorte de grand-mère du pays: elle aime les enfants et adore les voir réussir.

Elle a également le don de mettre à l’aise en sa présence des personnes d’horizons très divers.

«Cela m’a amené à voir le rôle de gouverneur général d’un œil un peu différent, et plus positif», a-t-il indiqué.

Mme Simon était particulièrement bien placée pour comprendre à la fois les limites et les pouvoirs de cette fonction, estime M. Obed, et les peuples autochtones, en particulier les Inuits, la considéraient avec une certaine révérence.

M. Obed a observé et accompagné Mme Simon alors qu’elle se battait pour les droits des Inuits et des Autochtones pendant des décennies.

Elle a représenté la population du Nunavik lors des négociations qui ont conduit au rapatriement de la Constitution en 1982.

M. Obed a déclaré que le leadership de Mme Simon avait joué un rôle déterminant dans les pourparlers qui ont abouti à l’inclusion de l’article 35 dans la Constitution, lequel affirme les droits des peuples autochtones au Canada.

Il a ajouté que Mme Simon n’avait jamais oublié d’où elle venait et que les Autochtones la considéraient comme un symbole de réussite.

«Et donc, le fait que cette réussite se concrétise, qu’elle soit reconnue par le premier ministre et qu’on lui confie ce rôle, je pense que cela a vraiment mis en lumière à quel point il est puissant de servir sa communauté et son peuple», a analysé M. Obed.

Ce lien avec la communauté s’est manifesté de manière frappante à Rideau Hall tout au long du mandat de Mme Simon.

Des peaux de phoque recouvraient les tables et des œuvres d’art inuites ornaient les murs. Les menus des réceptions officielles qu’elle organisait proposaient souvent à la fois une cuisine gastronomique traditionnelle et des plats issus de la cuisine autochtone, ce qui a permis de faire découvrir la nature du Canada à ses invités internationaux.

Ces rappels de chez soi ont contribué à faire de Rideau Hall un lieu plus accueillant pour tous, selon M. Obed.

Des critiques difficiles, dit M. Obed

Le passage de Mme Simon à Rideau Hall n’a pas été sans heurts. Elle a été confrontée très tôt à des critiques persistantes concernant son incapacité à parler couramment le français, ainsi qu’à un déluge de commentaires qu’elle a qualifiés à la fois de racistes et de sexistes.

M. Obed a souligné que ses détracteurs dans les médias et la vie publique avaient fait preuve d’une attitude trop cavalière à l’égard de ses prétendues lacunes tout au long de son mandat.

«Elle est bilingue. Si vous connaissez un tant soit peu Mary Simon, c’est la première chose que vous savez», a-t-il déclaré, soulignant qu’elle parle couramment l’inuktitut.

«La deuxième chose, c’est que je suppose qu’elle n’a pas été suffisamment colonisée pour avoir appris le français dans son éducation. (…) Mary Simon a grandi dans un contexte où le gouvernement du Québec ne voulait rien avoir à faire avec elle, donc le fait qu’elle continue de servir les Canadiens et d’être fière d’être Canadienne est assez remarquable», a-t-il avancé.

Malgré les critiques, Mme Simon est quelqu’un qui regarde toujours vers l’avenir, juge M. Obed.

«Elle ne s’attarde pas sur les conflits du moment, ni même sur les querelles politiques entre individus. Elle se concentre davantage sur la question: “Que pouvons-nous accomplir à l’heure actuelle ?”», a-t-il affirmé.

M. Obed est impatient de voir ce que Mme Simon va faire ensuite.

Il a ajouté qu’il espérait qu’elle aiderait l’ITK à faire avancer la création de l’Université Inuit Nunangat, une institution que Mme Simon a défendue en tant que présidente de l’ITK.

Une fois que l’université ouvrira ses portes en 2030, les étudiants inuits pourront obtenir des diplômes d’études supérieures dans leur région d’origine pour la toute première fois.

Il espère également qu’elle prendrait le temps de se détendre après ces dernières années bien remplies.

Alessia Passafiume, La Presse Canadienne