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Même un facteur, une enseignante ou un voisin peuvent prévenir un féminicide

Même un facteur, une enseignante ou un voisin peuvent prévenir un féminicide
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Au lendemain d'un énième présumé féminicide dans lequel une Québécoise aurait été tuée par un homme, les organismes d'intervention auprès des victimes de violences conjugales rappellent que toute personne — proche ou pas de la potentielle victime — peut détecter des signes avant-coureurs de violence et ainsi agir avant qu'il ne soit trop tard. Le voisin, l'enseignante ou encore le facteur peuvent ainsi agir et empêcher une fin funèbre.

«Quand on est témoin (agir) peut sauver la vie de femmes et d'enfants et faire une différence, mais c'est important de faire attention pour votre sécurité, mais aussi pour celle de la femme en question», assure la présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, Annick Brazeau.

Selon une compilation des différents rapports du comité demande des décès liés à la violence conjugale effectuée par son organisme, dans près de 8 cas sur 10, quelqu’un a eu une occasion d’agir.

Dans un rapport datant de 2024, l'Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation indique que 73% des cas de féminicide ayant eu lieu dans un contexte intime, impliquait le conjoint légal ou de fait. Une fréquentation de la victime était impliquée dans 22% de ces féminicides.

Mme Brazeau explique en entrevue à La Presse Canadienne, que les féminicides et homicides dans un contexte de violence conjugale représentent souvent la pointe de l'iceberg d'une violence qui s'est déjà installée depuis longtemps. Elle nuance toutefois en expliquant que de tels drames peuvent parfois avoir lieu sans violence au préalable.

«Des fois, il y a comme une gradation dans la violence conjugale et le plus tôt qu'on peut le capter le plus tôt on peut prévenir [un féminicide], mais, des fois, il n'y a pas de gradation», dit-elle.

Les personnes proches de la victime, comme la famille, les amis ou même les voisins, peuvent être les plus à même de déceler un contexte de violence conjugale dans un couple qu'ils connaissent.

«Pour ce qui est des personnes les plus susceptibles de voir les signes, cela dépend de qui compose le réseau», reconnaît toutefois Mme Brazeau.

Certains signes peuvent être détectés plus facilement par ce type de proche. Une personne qui a changé physiquement ou de comportement, qui semble plus stressée, qui parle moins, qui semble s'être isolée ou vouloir cacher quelque chose, pourrait être victime de violence conjugale. Bien évidemment, toute marque de coup et de blessure peut en être aussi un indicateur.

Pour les personnes qui sont moins proches ou qui ont moins accès au couple, d'autres signes peuvent être détectés. Mme Brazeau explique que des voisins peuvent entendre des cris, des professeurs peuvent entendre des dires préoccupants de la part des enfants ou le médecin peut être amené à soigner des blessures causées dans ce contexte de violence conjugale. Les enfants peuvent également paraître plus isolés et sortir moins fréquemment que d'habitude de leur domicile.

Diligence et sécurité

La directrice du regroupement des maisons d'hébergement rappelle que chaque cas de violence conjugale est unique. C'est pourquoi elle invite toute personne qui se questionne au sujet d'une situation, à contacter les ressources en violence conjugale pour demander conseil sur la bonne attitude à adopter.

«Quand les voisins, les amis, et proches entendent qu'une femme est potentiellement victime de quelque chose, il faut appeler le 911, au pire les policiers se seront déplacés pour rien, dit-elle. Je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui ont de la méfiance envers les corps policiers, mais la police est là pour assurer la sécurité, et il y a beaucoup de formation pour détecter la violence conjugale dans les communautés culturelles et 2ELGBTQI+.»

Mme Brazeau ajoute qu'il est possible, parfois, de mal détecter une telle situation de violence conjugale, mais que «des fois il faut écouter sa petite voix qui nous dit qu'il y a quelque chose qui va mal.»

Elle souligne toutefois qu'il est important de ne pas intervenir trop vite, et surtout de ne pas le faire en présence de la personne qui est potentiellement à l'origine de la violence, car cela pourrait augmenter le danger pour la potentielle victime et pour la personne qui souhaite lui venir en aide.

«À l'épicerie, si vous voyez une femme que vous pensez qu'elle est victime, vous pouvez lui écrire le numéro de SOS violence conjugale [sur un papier et le lui donner], peut être que ça va lui sauver la vie, explique Annick Brazeau. Ça peut aussi être verbalement en demandant "Madame, avez-vous besoin d'aide?»

Mme Brazeau insiste sur le fait qu'il est important de ne pas mettre la pression sur la victime pour qu'elle agisse, car sortir d'un contexte de violence conjugale est un processus qui peut parfois prendre du temps. Elle ajoute que la recherche d'aide par les victimes peut être influencée par leur culture ou leur identité.

«Si on est inquiet, il est possible de prendre la victime à part, de lui dire qu'on a entendu des cris et de lui demander si elle a besoin d'aide, ajoute. Il y a des femmes issues de la diversité culturelle qui ne savent même pas que les ressources existent (...) les femmes peuvent appeler ensuite quand le conjoint est au travail.»

Au Québec, ce sont 89 femmes et 15 enfants qui ont été tués en contexte de violence conjugale depuis 2020. En 2022, 80,5% des victimes d'infractions entraînant ou visant la mort, perpétrées dans un contexte conjugal, étaient des femmes.

Toute personne témoin de violence conjugale ou qui en est la victime, peut contacter par téléphone SOS Violence Conjugale au (+1) 800 363-9010 ou par clavardage au (+1) 438 601-1211, et ce, en tout temps. Le regroupement des maisons d'hébergements offre également une panoplie de services pour accompagner les victimes et leurs proches dans un contexte de violence conjugale. Il est également joignable à tout moment au (+1) 800 363-9010.

Quentin Dufranne, La Presse Canadienne