Les producteurs ont une confiance limitée que la gestion de l'offre sera protégée

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Par La Presse Canadienne, 2026
ST HYACINTHE — Malgré les menaces de Donald Trump qui planent sur le secteur agricole, les producteurs québécois, notamment les producteurs laitiers, sont relativement confiants de voir le système de gestion de l’offre être protégé dans le cadre des négociations pour le renouvellement de l’ACEUM, l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique, qui doit être renouvelé le 1er juillet.
À l’occasion de l’assemblée générale annuelle des Producteurs de lait du Québec (PLQ), jeudi à Saint-Hyacinthe, son président Daniel Gobeil a confié à La Presse Canadienne qu’«on a encore confiance. On entend des messages très clairs du gouvernement actuel sur la protection intégrale de nos politiques, de la gestion de l'offre et de nos politiques laitières.»
D’ailleurs, dans un message vidéo aux producteurs laitiers, le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, a tenu «à vous assurer que notre gouvernement continuera à préserver, à protéger et à défendre notre système de gestion de l'offre. Le gouvernement va travailler avec vous pour que votre industrie reste forte et continue à croître.»
Son homologue provincial, Donald Martel, était attendu en après-midi et il serait étonnant qu’il livre un autre message, la première ministre Christine Fréchette ayant déjà fait part des mêmes intentions en matière de protection de gestion de l’offre.
L'intérêt des Américains serait ailleurs
Après avoir rencontré les membres des PLQ, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, qui suit de près les négociations, a expliqué à La Presse Canadienne pourquoi il partage cette confiance, en se basant sur les documents officiels présentés par les Américains eux-mêmes. «Le libellé vise surtout les contrats ou les contingents d'importation. Présentement, ces contrats sont donnés aux transformateurs, mais dans le libellé, qu'est-ce qu'on mentionne? Que ça devrait être aux détaillants. C’est ça que les Américains, spécifiquement, demandent dans le document officiel.»
M. Caron souligne que les Américains, qui ont obtenu l’accès limité à un pourcentage du marché canadien dans la dernière négociation, n’atteignent même pas ce pourcentage actuellement. Les récriminations du président américain sur l’accès au marché canadien, fait-il valoir, ne représentent pas la position de ses producteurs qui sont surtout préoccupés par les droits de douane qu'ils ont présentement du côté de la Chine, entre autres, qui ont un impact sur l’exportation de maïs et de soya. «Pour les producteurs là-bas, le marché du Québec et du Canada, ce n'est pas leur priorité, loin de là.»
La possibilité de voir les producteurs américains offrir leurs produits directement aux consommateurs en passant par les détaillants plutôt que par les transformateurs représente tout de même une source d’inquiétude, notamment en ce qui a trait à l’étiquetage et aux normes d’ici, qui ne sont pas les mêmes qu’aux États-Unis. «Mais en même temps, on ne parle pas de mettre à terre le système (de gestion de l’offre), souligne le président de l’UPA. C'est pour ça qu’on est confiant parce que je pense qu'on est capables de maintenir le cap là-dessus. Puis l'ACEUM, il n'y a pas juste ça, il y a l'ensemble. Il y a les dossiers au niveau de l'acier, les minerais rares, etc.»
Impacts des ouvertures passées
Pourrait-il quand même y avoir de nouvelles ouvertures du marché? Daniel Gobeil rappelle qu’Ottawa a mis huit ans à verser les compensations promises aux agriculteurs à la suite des ouvertures consenties dans les derniers accords de libre-échange. «Le gouvernement a bien vu les dommages que ça a causés sur les entreprises, parce qu'un secteur qui n'a pas de croissance, où la croissance est donnée à d'autres pays pour nourrir les gens, ça fait un secteur qui a beaucoup de défis pour investir.» De toute façon, ajoute-t-il, «on n’investit pas en agriculture, on n'investit pas en production laitière pour être compensé. On investit pour innover, pour alimenter les consommateurs québécois et canadiens.»
En d’autres termes, malgré la confiance affichée, Daniel Gobeil ne cache pas que l’inquiétude est toujours présente. «On voit que l'appétit des Américains d'exporter, d'augmenter les échanges avec le Canada au niveau de la balance économique totale, est présente. Beaucoup de secteurs exportent aux États-Unis et ils voudraient une réciprocité. Mais encore là, on produit un dixième de la production laitière américaine, donc clairement, il faut protéger nos 4087 fermes ici, qui sont de taille familiale, parce que ça pourrait avoir des impacts dévastateurs si beaucoup de produits américains pouvaient entrer sur les tablettes.»
Trump: vecteur d'incertitude
Le système de gestion de l’offre, rappelle Martin Caron, «permet d'avoir des fermes partout au Québec. Dans chacune des ruralités, ils sont bien conscients qu'il faut maintenir ce système-là, sinon on va se mettre à risque comme d’autres pays qui ont décidé d'enlever le système et qui ont vu une concentration des fermes beaucoup plus proches des usines de la transformation et où on a vu disparaître les fermes dans les secteurs périphériques».
Quoi qu’il en soit, les craintes demeurent présentes parce que, comme le dit Daniel Gobeil, «avec monsieur Trump comme voisin, est-ce que c'est possible de négocier avec les Américains en ce moment? C'est ça qui amène beaucoup d'incertitude».
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne