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Les casse-pieds peuvent accélérer le vieillissement, dit une étude

durée 11h05
30 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Bien que de pouvoir compter sur un réseau social solide puisse aider à vieillir en santé, la présence dans notre entourage de gens jugés «stressants» peut en revanche accélérer le vieillissement, prévient une nouvelle étude.

«Il y a beaucoup de recherches qui montrent que le soutien social positif peut vraiment servir d'effet tampon pour plein de choses, tant sur le plan psychologique que physiologique, a commenté la professeure Marie-France Marin, du département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal.

«De ne pas avoir de soutien social, c'est autre chose. Mais ici, (les chercheurs) viennent dire non, lorsqu'on a un soutien social, mais quand on a des liens qu'on trouve plus difficiles, qu'on a l'impression qu'ils nous tirent du jus, est-ce que ça a un impact?»

Les chercheurs américains ont recruté un peu moins de 2350 participants âgés de 18 à 103 ans pour leurs travaux. Les participants ont fourni des échantillons de salive afin de calculer deux indicateurs complémentaires du vieillissement biologique.

On a aussi demandé aux sujets de nommer les gens qu'ils côtoyaient, avec qui ils discutaient de choses personnelles, ou encore qui influençaient leurs habitudes de vie. Mais surtout, on leur a demandé s'il y avait dans leur entourage des gens qui sont pour eux une source de stress ― ceux que les auteurs de l'étude appellent «les casse-pieds».

Près de 30 % des participants ont indiqué avoir au moins un casse-pied dans leur entourage, et environ 10 % ont dit en avoir deux.

En analysant les échantillons de salive, les auteurs ont conclu que chaque casse-pied correspondait à environ neuf mois de plus d'âge biologique et à une accélération d'environ 1,5 % du vieillissement biologique.

Le vieillissement biologique, font remarquer les chercheurs américains, «est un processus cumulatif, et même des différences minimes dans le rythme annuel peuvent se traduire, au fil du temps, par un écart significatif de l'âge biologique».

L'association était particulièrement importante si les casse-pieds faisaient partie de la famille plutôt que du cercle d'amis, puisqu'il peut être plus difficile d'élaguer les premiers que les seconds. Ainsi, seulement 3,5 % des amis étaient aussi des casse-pieds, comparativement à un proche sur dix.

«Si c'est une relation avec les parents ou avec les enfants qui cause du stress, on ne dira pas simplement, je m'en vais, a dit la professeure Marin. Mais si ce sont des amitiés qui nous tirent vers le bas, il faut peut-être se questionner et miser davantage sur des relations de qualité. Surtout à l'ère des réseaux sociaux, où on accorde beaucoup d'importance au nombre d'amis.»

Des relations difficiles avec une ou un conjoint ou partenaire n'avaient pas le même effet accélérant sur le vieillissement, possiblement parce que ces relations comprennent aussi de multiples aspects positifs qui viennent mitiger l'impact néfaste sur la santé.

«Nos résultats suggèrent que la négativité au sein du couple pourrait être atténuée par le mélange ambivalent de soutien et d'obligations qui caractérise les relations intimes, tandis que les conflits familiaux, souvent très chargés émotionnellement mais difficiles à surmonter, laissent une empreinte évidente sur le vieillissement», peut-on lire dans l'étude.

Il est important de noter, a souligné Marie-France Marin, que tous n'ont pas la même perception d'un facteur de stress.

S'il s'agit, par exemple, d'un divorce ou de difficultés financières, les personnes impliquées pourront avoir des perceptions bien différentes de la situation, et donc aussi y réagir de manière différente.

«Est-ce qu'un facteur de stress est pire qu'un autre? C'est difficile à dire, a-t-elle dit. Dans ce cas-ci, puisqu'on a déjà beaucoup étudié l'aspect positif du soutien social, je pense que les auteurs ont voulu s'intéresser à la nature des relations, plutôt que de simplement demander si, oui ou non, il y a des relations.»

Si l'on sait que des liens sociaux favorables atténuent le déclin physiologique lié à l'âge, écrivent ainsi les auteurs de l'étude, «l'absence de tels liens n'équivaut pas à la présence de liens négatifs».

Et même si plusieurs gens côtoient régulièrement, voire quotidiennement, des personnes qui leur causent des problèmes ou leur compliquent la vie, étonnamment peu d’attention a été accordée aux répercussions potentielles à long terme sur la santé, puisque «le fait qu’elles nous soient familières nous pousse souvent à les considérer comme normales et à les supporter».

«Nous constatons que les personnes interrogées qui côtoient davantage de casse-pieds présentent une accélération de l'âge épigénétique nettement plus marquée, un résultat qui reste valable même après avoir pris en compte l'orientation affective, la profession, les expériences négatives vécues pendant l'enfance, le tabagisme et les comorbidités antérieures, en plus des caractéristiques démographiques et de la taille du réseau social», indiquent les auteurs.

Ces résultats, poursuivent-ils, «suggèrent que les casse-pieds présents dans l'environnement social d'un individu pourraient constituer un facteur de risque biologique souvent négligé, mais néanmoins déterminant».

L'organisme réagit au stress en produisant des hormones comme le cortisol et l'adrénaline. Leur activation prolongée peut toutefois nuire à la santé mentale en exacerbant des sentiments d'anxiété et de dépression, rappellent les chercheurs, tandis qu'un stress social chronique peut être une source importante d'inflammation.

Les auteurs de l'étude soulignent par ailleurs que l'association entre une accélération du vieillissement et les casse-pieds n'est pas noire ou blanche.

Il est en effet possible, disent-ils, que d'autres facteurs qui accélèrent le vieillissement ― comme des problèmes de santé physique ou mentale ― viennent teinter la perception des relations interpersonnelles, transformant ni plus ni moins en casse-pieds des gens qui n'en sont peut-être pas vraiment.

Si c'est le cas, concluent les chercheurs, c'est le vieillissement accéléré qui serait responsable des casse-pieds, plutôt que l'inverse.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique PNAS.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne