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L'IA force les enseignants du cégep à modifier leurs méthodes d’évaluation

durée 11h45
3 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Alors que des recherches montrent une dépendance croissante des étudiants de l’enseignement supérieur à l'égard de l'intelligence artificielle (IA) pour effectuer leurs travaux, ce qui accroît le risque de plagiat, une nouvelle étude indique que 74 % des enseignants de cégep du Québec ont modifié leurs méthodes d'évaluation des acquis des étudiants.

Cette étude, réalisée par Lisa Giachini, enseignante et chercheuse au Cégep Édouard-Montpetit de Longueuil, auprès de 345 de ses collègues provenant de 27 établissements, a révélé qu’environ la moitié d’entre eux (49 %) ont adopté des méthodes plus strictement contrôlées, comme le recours exclusif à des tests en classe, l’application de directives d’examen plus sévères ou de sanctions plus graves en cas de plagiat.

Le quart du corps professoral a même complètement transformé ses pratiques en trouvant des moyens «très créatifs et imaginatifs» de rendre les évaluations plus complexes ou en exigeant des étudiants qu’ils fassent preuve d’esprit critique ou qu’ils appliquent leurs connaissances dans des situations réelles, ce que Mme Giachini appelle des «façons authentiques d'évaluer».

Les 26 % restants n’ont apporté aucun changement, estimant que leurs méthodes actuelles sont adéquates ou que les risques de plagiat sont gérables.

Mme Giachini souligne que «c'est très dépendant de la discipline; certaines exigent des changements parce qu’elles posent des difficultés élevées face à ces problèmes».

Elle a été agréablement surprise des efforts «remarquables» déployés «pour chercher à s'adapter à cette nouvelle réalité tout en garantissant un enseignement de qualité et des évaluations appropriées».

«Que les enseignants aient modifié ou non leurs méthodes d’évaluation, ils ont tous à cœur d’offrir des évaluations cohérentes, pertinentes et valides. On veut évidemment préserver l'intégrité des évaluations et des diplômes. C’est un but commun, mais les façons d’y arriver peuvent être un peu différentes», ajoute-t-elle.

Mme Giachini ne vise d’ailleurs pas à changer le monde de l'éducation du jour au lendemain. «Je n’ai pas de baguette magique. Tout ce que je voulais, c’était d'offrir une espèce de miroir, une démarche métacognitive pour voir où nous en sommes, ce que nous pouvons faire et aussi peut-être mieux s'approprier ces concepts de savoir-être, donc tout le côté existentiel. Chaque enseignant n'a pas une vue d'ensemble complète sur ce que les autres font, donc je pense que c'était constructif de donner un portrait global. C’est vraiment une approche holistique de l'apprentissage.»

Craintes et questions

À mesure que l’IA a gagné en popularité, Mme Giachini et ses collègues ont exprimé leurs craintes par rapport à la lutte au plagiat.

«C’est un sujet qui inquiète énormément et qui fait poser beaucoup de questions. Les professeurs se demandent si l'intelligence artificielle générative fait ce qu’ils demandent à leurs étudiants de faire et se questionnent sur la finalité de leur enseignement dans l'apprentissage de l'étudiant. C'est comme si nous réduisons l'apprentissage à des processus cognitifs analogues et à des opérations mentales, alors que c'est beaucoup plus que ça. Je trouve que c’est dangereux», affirme-t-elle.

Elle ne souhaite surtout pas que «les processus computationnels qui ont porté à ces réponses constituent en eux-mêmes l'apprentissage de l’étudiant». «On veut éduquer des personnes, on ne veut pas entraîner des réseaux de neurones!», lance-t-elle.

Mme Giachini présentera le fruit de son travail au Sommet Voir Grand: Point d’Inflexion, un rassemblement national consacré aux sciences humaines qui se tiendra du 9 au 11 juin à Edmonton.

Cette étude a été subventionnée par le ministère de l’Enseignement supérieur dans le cadre du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage.

Sébastien Auger, La Presse Canadienne