Investir dans les activités spatiales a des avantages, selon ses partisans

Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
Les investissements dans la formation d'astronautes et l'essor d'entreprises locales sont essentiels pour inspirer les futures avancées du pays vers les étoiles — et pour en récolter les fruits, disent des Canadiens passionnés par le rôle de leur pays dans l'exploration spatiale.
Selon des données gouvernementales, le secteur spatial a contribué à hauteur de 3,4 milliards $ au produit intérieur brut du Canada en 2024. Le gouvernement fédéral a également investi des milliards de dollars dans ce secteur et s’est positionné comme un partenaire clé de la NASA et du programme spatial européen.
Toutefois, l’astrophysicienne Sara Seager, née à Toronto, chercheuse de renom et professeure au MIT, affirme que le Canada doit s’inspirer de l’approche américaine consistant à «voir grand» en matière spatiale.
«Je ne parle pas seulement de dépenser des sommes colossales, mais aussi de créer des occasions, de prendre des risques — tout simplement de concrétiser ce qui semble être une idée folle», dit-elle.
Reconnue pour ses travaux en tant que planétologue, la Pre Seager a obtenu son baccalauréat en mathématiques et en physique à l’Université de Toronto avant de s’installer aux États-Unis pour obtenir son doctorat en astronomie en 1999.
Elle a reçu le titre d’officier de l’Ordre du Canada en octobre 2020 pour son travail de pionnière dans l’étude des planètes situées en dehors de notre système solaire et a dirigé plusieurs projets de la NASA liés à ses recherches.
La Pre Seager reviendra au pays en septembre prochain pour travailler au sein de l’Institut canadien d’astrophysique théorique de l’Université de Toronto, en partie pour contribuer à créer une dynamique dans cette transition.
«Et, même si cette occasion doit s’accompagner d’un financement, cela fait partie de la culture qui consiste à essayer de nouvelles choses, à relever des défis difficiles et à mener des projets ambitieux.»
Elle a cité Kepler Communications comme exemple d’innovation locale dans le secteur spatial. Cette entreprise torontoise affirme que son objectif est de mettre en place une connexion internet stable dans l’espace afin d’améliorer les communications célestes.
La Pre Seager estime qu’il est également important pour le Canada d’investir dans ceux qui peuvent inspirer les autres. Elle a notamment cité l'exemple de l'astronaute Jeremy Hansen, qui est devenu le premier Canadien — et le premier non-Américain — à voyager au-delà de l’orbite terrestre basse et à parcourir des milliers de kilomètres jusqu’aux environs de la Lune.
Ces réalisations ont un avantage pratique, souligne la Pre Seager, car elles incitent les Canadiens à se lancer et à faire progresser les sciences, la technologie, l’ingénierie et la médecine (STIM).
«Nous avons besoin d’inspiration. Nous devons attirer davantage de personnes et mettre en place notre pipeline, notre flux de travail, et former nos gens pour qu’ils travaillent dans les domaines des STIM», a-t-elle ajouté.
Zainab Azim, qui enseigne la politique économique en tant que chargée de cours à l'université Harvard, s'est tournée vers la défense de l'égalité et de l'accès dans les domaines des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques.
«Cela ne devrait pas dépendre uniquement de la chance d’être né au bon endroit et d’avoir une infrastructure de soutien autour de soi», a déclaré la Pre Azim, qui était auparavant mentor au sein de l’initiative «Femmes pour l'espace» des Nations unies.
«On doit pouvoir saisir ces occasions si l'on souhaite se lancer pour les bonnes raisons.»
La Pre Azim vient de revenir au Canada, dit que le principal moteur du financement des avancées spatiales devrait être les retombées positives qu’elles apportent à l’humanité, plutôt que la conquête intergalactique.
«Grâce à nos programmes spatiaux, nous disposons de ces systèmes satellitaires qui permettent d’identifier les meilleurs endroits pour cultiver des plantes, d’augmenter les rendements afin de nourrir davantage de personnes. C'est un avantage direct de l'espace pour les habitants de la Terre.»
Dans le cadre d’un investissement majeur récent dans le secteur spatial national, le gouvernement fédéral a annoncé en mars qu’il allait consacrer 200 millions $ à une rampe de lancement détenue par des Canadiens afin de lancer des satellites en orbite.
Un bail de dix ans portant sur les infrastructures de Maritime Launch Services permettra au Canada, pour la première fois, de lancer des projets spatiaux de manière autonome. La rampe de lancement située à Canso, en Nouvelle-Écosse, devrait être opérationnelle d’ici la fin de 2026, selon l’entreprise, tandis qu’Ottawa vise 2028 pour la capacité de lancement nationale.
Sarah McLean, vice-présidente des affaires générales chez Maritime Launch, affirme que l'indépendance spatiale rendue possible par des entreprises comme la sienne est essentielle pour l'avenir spatial du Canada.
«L'humanité interagit quotidiennement avec l'espace, que ce soit lorsque nous prenons notre iPhone, effectuons des opérations bancaires, surveillons la météo ou établissons des prévisions météorologiques, dit Mme McLean. Investir dans l’espace, que ce soit en temps ou en argent, n’est donc plus une option, c’est une nécessité stratégique.»
La Pre Seager affirme que le Canada doit rester impliqué tant dans les voyages spatiaux exploratoires que dans le secteur commercial qui les soutient.
«Nous ne savons pas exactement où va l’économie spatiale. Mais elle va clairement quelque part et nous voulons en faire partie.»
Eli Ridder, La Presse Canadienne