Des groupes appellent à maintenir l'aide internationale en matière d'avortement

Temps de lecture :
3 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Des groupes féministes et humanitaires exhortent le Canada à maintenir le financement des initiatives en matière de santé reproductive et d'égalité des sexes, alors qu'Ottawa concentre ses coupes à l'aide étrangère sur les programmes de santé.
«Une voix diplomatique audacieuse est vraiment cruciale», a déclaré Lauren Ravon, directrice générale d'Oxfam Canada, lors d'une table ronde au parlement, au début du mois.
«Il est facile de tomber dans une mentalité d'austérité. On se dit: "Eh bien, nous n'avons pas les moyens, alors supprimons les efforts concernant les droits des LGBTQ+, mettons fin au travail sur l'avortement et concentrons-nous uniquement sur les mesures qui sauvent des vies"».
Mme Ravon s'exprimait lors d'un événement marquant la Semaine du développement international, le 2 février.
Cette semaine-là, Randeep Sarai, secrétaire d'État au Développement international, a présenté une initiative visant à ce que le Canada tire davantage de ses dépenses d'aide au développement internationale, notamment en soutenant les emplois canadiens dans la construction de réseaux électriques, en établissant des partenariats avec des capitaux privés et en utilisant l'aide pour ouvrir davantage de marchés aux exportations canadiennes.
Cette vision a suscité des réactions mitigées dans le secteur, mais les groupes se sont concentrés sur l'importance de préserver des programmes destinés aux femmes et aux minorités de genre, telles que les personnes transgenres, non binaires et intersexuées.
Bien qu'Ottawa a assuré que ses engagements financiers actuels en matière d'aide étrangère seraient maintenus, il réduit ses dépenses de plusieurs milliards, en particulier dans le domaine de la santé mondiale.
Le premier ministre Mark Carney a déclaré que le Canada défendait l'égalité des sexes, mais qu'il n'avait plus de politique étrangère féministe.
«Le leadership du Canada en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs fonctionne et est plus important que jamais», a soutenu Frédérique Chabot, directrice d'Action Canada pour la santé et les droits sexuels, lors d'une conférence de presse le 3 février.
Elle a fait valoir qu'un mouvement délibéré et coordonné des groupes d'extrême droite et de gouvernements autoritaires tente de saper la santé mondiale et les droits de la personne.
«La santé et les droits sexuels et reproductifs ne sont pas accessoires en ce moment. Ils sont précisément visés parce qu'ils se situent à l'intersection de l'autonomie, de l'égalité des sexes, de la science et du rôle de l'État», a expliqué Mme Chabot.
Éviter des décès
Le Guttmacher Institute, un groupe de recherche américain associé à Planned Parenthood, a analysé les 76,2 millions $ du budget canadien d'aide étrangère consacrés à l'aide à la planification familiale au cours de l'exercice financier se terminant en mars 2024.
L'analyse a révélé que ces dépenses ont permis d'éviter 2110 décès maternels, 1,6 million de grossesses non désirées et 478 000 avortements dangereux.
Le groupe a soutenu que chaque baisse de 10 millions $ du financement canadien entraîne 277 décès maternels, 213 000 grossesses non désirées et 63 000 avortements dangereux.
L'analyse a souligné que 70 % du financement mondial des programmes touchant à des éléments comme la planification familiale est menacé, en particulier depuis que les États-Unis ont étendu leur interdiction de financement aux groupes qui militent pour la dépénalisation ou l'élargissement des services d'avortement.
Une partie de l'enjeu réside dans le fait que l'administration du président américain Donald Trump a réduit le financement de tout ce qu'elle considère comme relevant de «l'idéologie du genre», ce qui, selon les organisations humanitaires, inclut des coupes dans tous les programmes faisant référence aux thèmes LGBTQ+ et même dans les programmes d'aide sans rapport avec cette question, mais qui tiennent compte des différences entre les sexes.
Mme Ravon a affirmé qu'il est temps pour M. Carney de démontrer que le Canada défendrait les droits de la personne à un moment où les libertés sont menacées dans de nombreux pays.
«Les changements dans la législation concernant l'avortement, l'identité sexuelle et l'identité de genre peuvent être menacés à tout moment», a-t-elle prévenu.
Mme Ravon a ajouté que cela inclut le financement destiné à autonomiser et à former la société civile afin qu'elle puisse changer les lois et les opinions sur l'accès à l'avortement et les droits des LGBTQ+.
«Le changement des normes sociales n'est pas un exercice de comptabilité, c'est un travail de longue haleine, et le Canada l'a bien fait. Alors, en cette période de panique, n'oublions pas ce que nous faisons bien et ce qui est réellement efficace.»
Oxfam soutient que les inégalités au Canada et entre les nations créent une fausse mentalité de manque de fonds, affirmant que les nations pourraient financer le développement si les riches du monde entier payaient leur juste part d'impôts.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne