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Des anticorps pourraient inhiber la lutte contre le cancer

durée 10h50
28 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Certains anticorps pourraient empêcher le système immunitaire de combattre efficacement le cancer, tandis que d'autres pourraient freiner la progression de la maladie, croient des chercheurs internationaux qui s'intéressent au phénomène dans le cadre d'un projet de 25 millions $ US baptisé ATLAS.

Cela pourrait expliquer, par exemple, pourquoi certains fumeurs invétérés ne développeront jamais un cancer du poumon, tandis qu'un jeune en pleine forme sera frappé par la maladie.

«On a tous des cellules cancéreuses qui peuvent se développer à un moment de notre vie et heureusement, plus des deux tiers des personnes ne développent jamais de cancer, a dit un des responsables du projet, le docteur Paul Bastard qui est immunologue à l'Hôpital Necker ― Enfants malades, à Paris.

«L'idée générale (du projet), c'est d'essayer de comprendre pourquoi certaines personnes développent un cancer et, à l'inverse, pourquoi d'autres, et heureusement la majorité, arrivent à y échapper.»

Le docteur Bastard et ses collègues espèrent que l'analyse d'échantillons sanguins provenant de sujets aussi diversifiés que des grands fumeurs, des centenaires ou encore des jumeaux identiques leur permettra d'identifier les anticorps qui aident l'organisme à combattre le cancer, ou encore ceux qui l'empêchent de le faire efficacement.

L'initiative ATLAS est financée par le projet Grand Cancer Challenges, dans le cadre d'un programme visant à financer des projets scientifiques à haut risque et à fort potentiel, lancé par l'association caritative Cancer Research UK et l'Institut national du cancer des États-Unis.

Produits par des cellules immunitaires appelées lymphocytes B, les anticorps sont des protéines en forme de Y qui se lient habituellement à des pathogènes. Il arrive toutefois parfois qu'ils se lient à des cellules saines, ce qui est à l'origine de certaines maladies autoimmunes. On parle alors d'autoanticorps.

«On sait que l'immunité est très importante pour tuer ou éviter que les cellules cancéreuses se développent, a dit le docteur Bastard. Et ça reste quand même un monde assez inexploré du point de vue des anticorps.»

Des études récentes ont révélé que ces autoanticorps peuvent interférer avec la réponse immunitaire à un pathogène, ce qui rend le patient plus vulnérable aux infections. Le docteur Bastard et ses collègues les ont, par exemple, trouvés, lors de travaux précédents, chez certaines personnes qui présentaient une forme sévère de la Covid-19.

Les chercheurs veulent maintenant savoir si ces autoanticorps inhibent également la réponse immunitaire au cancer. Ils en profiteront pour essayer d'identifier les anticorps qui attaqueraient directement la maladie.

Les implications pratiques potentielles de ces travaux sont multiples.

On pourrait dans un premier temps envisager le développement de traitements qui bloqueraient les anticorps nuisibles ou qui reproduiraient l'action des anticorps bénéfiques. Le dépistage d'anticorps favorables au développement du cancer ― des marqueurs ― pourrait par ailleurs permettre d'identifier très tôt les patients ayant besoin d'un suivi plus serré. On pourrait enfin prédire quel patient réagira le mieux à quel traitement, dans un angle de médecine personnalisée.

Au total, les chercheurs passeront au peigne fin presque 21 000 anticorps chez quelque 70 000 sujets, à la recherche de ceux qui pourraient les intéresser.

«Un des objectifs majeurs, c'est de trouver des anticorps qui ont un véritable impact, pas seulement qui sont associés avec l'absence de cancer, mais qui ont vraiment un impact sur l'immunité et de pouvoir, soit les fabriquer si c'était des bons anticorps, pour les donner comme médicaments, soit au contraire les enlever», a résumé le docteur Bastard.

En partant des cas les plus extrêmes, a-t-il ajouté, comme le fumeur qui a fumé toute sa vie et qui n'a jamais eu de cancer du poumon, «si on trouve chez lui la raison grâce à laquelle il a évité le cancer, peut-être que ça peut nous aider pour ceux qui malheureusement l'ont développé».

Les premiers résultats concrets sont attendus au début de 2027.

Les détails de ce projet sont publiés par la prestigieuse revue scientifique Cell.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne