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Déficience visuelle: une école unique en son genre au Québec

Déficience visuelle: une école unique en son genre au Québec
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Apprendre sans voir, c'est le défi auquel font face les élèves de l'école Jacques-Ouellette, qui sont atteints de déficience visuelle. Ils peuvent toutefois compter sur une équipe éducative qui ne cesse de rivaliser d'imagination pour les aider à se dépasser jour après jour.

Les couloirs de cette école située à Longueuil ont repris vie lundi dernier avec l'arrivée des 55 élèves âgés de 4 à 21 ans qui seront scolarisés cette année.

L'école Jacques-Ouellette n'est pas un établissement scolaire comme les autres. Financée par le ministère de l'Éducation, elle est la seule école francophone au Québec spécialisée pour les élèves avec une déficience visuelle.

«Il faut que leur vision soit d'un certain niveau pour être admis à notre école», explique au lendemain de la rentrée la directrice, Geneviève Blondin.

Si elle fait partie du Centre de services scolaire Marie-Victorin, l'école accueille également des enfants qui peuvent venir d'une dizaine d'autres centres de services scolaires afin de répondre à leurs besoins.

Car les enfants atteints de déficience visuelle peuvent aussi avoir des troubles associés nécessitant une attention plus accrue que dans une école régulière.

«Les élèves respectent le programme de la formation québécoise, mais évidemment, c'est à leur rythme», résume l'enseignante Virginie Roy.

«Le grand défi, c'est vraiment de mettre une structure en place, pour que ça soit sécuritaire et fonctionnel pour nos élèves. Puis, des fois, il faut se réajuster», souligne-t-elle.

L'adaptation est d'ailleurs le maître mot pour l'équipe éducative, formée d'une cinquantaine de personnes à temps plein et d'une dizaine d'autres qui gravitent autour.

«C'est du cas par cas tout le temps. Il va y en avoir un qui lit en braille, l'autre va lire en imprimé, mais il voit du 18 points, l'autre, ça lui prend du 36 points pour lire. L'autre, il voit juste à la télévisionneuse», énumère la directrice.

Ainsi, si les enseignants trouvent parfois une méthode qui marche pour quelques élèves, il se peut qu'elle ne puisse pas être réutilisée l'année suivante, puisque les nouveaux étudiants n'ont pas les mêmes besoins.

«Nos élèves ont des profils extrêmement différents, puis nous, on essaie de répondre parfaitement à chacun des profils. C'est ça, le principal défi pour l'équipe», confie Mme Blondin.

Pas à pas

En plus d'apprendre le français, les mathématiques ou la musique comme tout autre élève, ces enfants suivent aussi un curriculum enrichi.

Ils apprennent notamment les habiletés sociales, alors qu'il est difficile pour eux d'apprendre par mimétisme, et développent également des stratégies compensatoires, comme le braille ou le toucher.

«On n'est pas tout le temps en train de penser à l'examen de fin d'année. On veut les faire progresser pour leurs objectifs que l'on a déterminés pour eux», souligne Mme Blondin.

Et certains enseignants ne lésinent pas sur les moyens pour aider un enfant, comme en témoigne la directrice, particulièrement émue par l'histoire de Cassandra.

L'élève n'avait pas de sensibilité au bout des doigts, l'empêchant d'utiliser le braille, et ne distinguait pas le blanc et le noir, ne voyant que des spots de couleur.

Une de ses enseignantes, qui était aussi orthopédagogue, a décidé de créer un moyen de communication avec un code couleur rien que pour elle.

«Chaque couleur représentait une lettre, basée sur le même principe que le braille», précise Mme Blondin.

La professeure prenait alors du temps tous les soirs pour colorier au crayon des rectangles de couleur afin de lui apprendre à lire.

Se rendant compte que cela ne serait pas réalisable sur le long terme, l'école a contacté Microsoft afin de voir s'ils accepteraient de créer une police de caractère qui convertisse des spots de couleur sur son clavier en lettres noir et blanc sur un écran et vice-versa.

Après un courriel diffusé au sein de la compagnie, un employé à l'autre bout du Canada a accepté de le faire bénévolement, permettant à l'élève de communiquer plus facilement.

«Chaque petit pas, petite victoire, ça nous parle et c'est réconfortant pour nous aussi. On voit qu'on a fait une différence», admet Mme Blondin.

«Ce sont des enfants qui nous ramènent aussi au moment présent», ajoute Mme Roy, qui explique avoir un véritable «coup de cœur» pour ces élèves.

Une bibliothèque hors du commun

À peine passée la porte d'entrée de l'école, les élèves peuvent profiter d'un moment de lecture dans la bibliothèque scolaire qui, de loin, ressemble à toute autre bibliothèque.

Elle est pourtant singulière, puisqu'elle entrepose plus de 10 000 titres adaptés pour des enfants avec une déficience visuelle.

Que ce soit un roman, un album jeunesse, un documentaire, des manuels scolaires ou encore des livres de recettes, l'école s'efforce de rendre disponibles ces ouvrages en braille intégral, en caractères agrandis et en E-text, un format de l'Autorité canadienne du Braille, lisible à partir d'une synthèse vocale ou d'une plage braille.

«Ce n'est pas différent en ce sens d'une autre bibliothèque parce que les enfants ont les mêmes besoins, c'est de lire en autonomie», mentionne le bibliothécaire de l'école, David Choquette.

«C'est la beauté de la chose. Ils ont accès gratuitement, assez rapidement, à la culture», ajoute-t-il.

Et la bibliothèque ne le fait pas que pour ses élèves. Elle a obtenu le mandat de la part du ministère de l'Éducation, qui finance cette mission, de fournir gratuitement des livres à tous les élèves francophones avec une déficience visuelle du Québec.

Pour ce faire, l'école peut compter sur trois techniciens en écriture braille et une technicienne en art graphique, qui va retravailler les dessins pour les rendre plus foncés, directement présents sur place.

Ainsi, si un enfant d'une autre école avec une déficience visuelle souhaite un livre, il suffit qu'une personne-ressource passe par un site web afin d'en faire la demande.

L'école Jacques-Ouellette essaye ensuite de le fournir à l'enfant dans un délai maximum de 30 jours ouvrables, entre le temps de commander le livre, de le recevoir, de le faire convertir par les techniciens en braille et de l'envoyer gratuitement par la poste.

Si adapter un livre peut coûter cher — le coût consiste généralement du salaire du technicien et du papier —, la directrice insiste sur l'importance de continuer à offrir des ouvrages papier malgré le développement d'autres outils avec les technologies.

«On enseigne à écrire, à lire, ça fait que c'est sûr que le braille papier, pour nous, c'est primordial. On ne veut pas que ça parte, on ne veut pas que ça s'en aille pour tous les élèves qui sont capables de le faire», souligne-t-elle.

«L'école permet d'apprendre le braille. Donc, cette motricité-là, ça va se perdre si ce n'est pas encouragé», renchérit M. Choquette.

«C'est d'offrir un livre papier accessible gratuitement, au même titre que pour les voyants. Donc, ça permet de faire survivre ce langage-là», précise-t-il.

Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne