C.-B.: Eby demande à Doerkson de limoger sa directrice de campagne
VICTORIA — La question de savoir si un responsable de campagne non élu doit être tenu pour responsable de ses propos est devenue un enjeu de la campagne électorale en Colombie-Britannique, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), David Eby, ayant appelé le chef par intérim du Parti conservateur, Lorne Doerkson, à licencier la directrice de campagne de son parti.
S'exprimant samedi lors d'une annonce de campagne sans rapport avec cette affaire sur l'île de Vancouver, M. Eby a déclaré que M. Doerkson devait démettre Katy Merrifield de ses fonctions en raison de ses commentaires sur les réseaux sociaux liés à la publication d'un rapport rédigé par le chef du parti anti-immigration «Restore the United Kingdom».
Ce rapport financé par des fonds privés, intitulé «Rape Gang Inquiry», a été publié par Rupert Lowe en juin.
Dans son message, publié pour la première fois le 17 juin, Katy Merrifield avait ajouté un juron devant le mot «islam» et appelé son public à défendre la «civilisation occidentale».
Elle a qualifié l’islam d’«idéologie odieuse» qui doit être bannie.
L'appel de M. Eby en faveur de la destitution de Mme Merrifield fait suite au licenciement par Doerkson du candidat conservateur Joachim Agou pour des propos tenus à l'encontre des musulmans, propos pour lesquels Agou a depuis présenté ses excuses.
Mme Merrifield a depuis déclaré sur les réseaux sociaux qu’elle avait supprimé son message initial en l’espace de quelques heures. Sa colère, a-t-elle ajouté, visait «l’extrémisme utilisé pour justifier ces crimes horribles, et non les musulmans ou leur foi».
Elle a expliqué qu’en tant que femme et victime de viol, elle avait fondu en larmes en lisant le rapport, qui, selon elle, détaille les abus sexuels subis par de jeunes filles et l’incapacité des autorités à tous les niveaux à les protéger.
«J’étais bouleversée, horrifiée et en colère, écrit-elle dans un message. J’abhorre les personnes qui ont perpétué cette violence justifiée par leur idéologie extrême.»
Lorsqu’on a demandé à M. Eby pourquoi il appelait à la destitution d’une personne qui ne figure pas sur le bulletin de vote, il a répondu que M. Doerkson avait l’occasion de montrer clairement sa position.
«Soit il la retire de la liste, soit il indiquera très clairement qu’il ne retirerait un candidat que s’il n’avait absolument aucune chance de gagner», a-t-il dit.
Victoria-Beacon Hill, où Mme Agou se présentait sous la bannière des conservateurs, est considéré comme un bastion du NPD.
Le candidat conservateur Zeeshan Wahla a déclaré dans un communiqué que M. Doerkson avait pris des mesures rapides et décisives pour écarter Mme Agou, qui avait tenu des propos odieux à l’égard de la communauté musulmane.
L’une des publications de Mme Agou montrait une vidéo d’une voiture fonçant dans un groupe de manifestants pro-palestiniens en Suisse. Elle avait déclaré dans un commentaire que le conducteur aurait dû faire marche arrière lui aussi.
M. Wahla a souligné qu’il existait une distinction claire. Le candidat limogé incitait à la violence, tandis que Mme Merrifield réagissait à la violence.
«Je tiens à préciser que le langage utilisé dans la publication initiale de Mme Merrifield, datant de plusieurs mois, était inacceptable», a-t-il déclaré. «Elle l’a d’ailleurs rapidement reconnu et a clairement expliqué que sa réaction était liée au traumatisme sexuel qu’elle avait subi par le passé.»
M. Wahla a déclaré que l’appel de M. Eby à la démission de Mme Merrifield n’était qu’une manœuvre. Il a également qualifié de cynique l’appel de M. Eby à la tenue d’élections anticipées alors que le Parti conservateur était en pleine période de changement de direction.
«À présent», a dit M. Wahla, «il tente d’écarter notre directrice de campagne parce que nous sommes en train de gagner et qu’il est en train de perdre.»
Wolfgang Depner, La Presse Canadienne

