BonsAi: un agent conversationnel québécois espère améliorer l'accès aux soins

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTREAL — Une entreprise québécoise espère améliorer l'accès aux soins de santé grâce à un assistant basé sur l'intelligence artificielle qui a été lancé en fin de semaine et qui permet d'évaluer des problèmes de santé.
Mal de tête, fièvre, toux... Plutôt que d'aller immédiatement aux urgences ou de consulter un médecin, un nouvel agent conversationnel pourrait devenir une étape intermédiaire afin d'évaluer des symptômes et d'orienter vers les ressources appropriées.
C'est tout du moins le défi dans lequel s'est lancée Bonjour-santé, établie à Boucherville, avec son agent conversationnel BonsAi, disponible sur le site web de l'entreprise depuis samedi.
Benoit Brunel, fondateur de Bonjour-santé et initiateur de BonsAi, souhaite surtout détourner les Québécois de Google et de ChatGPT lorsqu'il est question d'un problème de santé.
«En ce moment, (les gens) prennent une décision avec Dr Google ou Dr ChatGPT. Ce n'est souvent pas la bonne décision qu'ils prennent», a-t-il expliqué au bout du fil.
Comme pour tout agent conversationnel, BonsAi va dialoguer avec la personne, mais en s'assurant tout d'abord des drapeaux rouges, c'est-à-dire que le cas ne représente pas une urgence.
«Il va continuer à vous poser des questions et il va vous proposer différentes causes possibles de vos symptômes. Pour chacune des causes, il va vous proposer des professionnels que vous pouvez aller consulter», a indiqué M. Brunel.
Selon lui, la vérification des drapeaux rouges différencie BonsAi des autres outils de recherche d'intelligence artificielle (IA).
«On a plusieurs engins en arrière qui travaillent et ils doivent arriver à un consensus avant qu'on vous présente les causes possibles de votre symptôme», a-t-il souligné.
«Donc, on évite toute hallucination (ndlr: information inexacte) qui pourrait arriver avec des outils génériques», a précisé l'initiateur de l'outil, ajoutant que BonsAi a été entraîné avec 30 millions de dossiers médicaux.
Étant créé au Québec, l'agent conversationnel est aussi adapté aux lois de la province, a fait savoir M. Brunel.
«Quand on dit que vous pouvez aller voir un pharmacien, c'est parce qu'on a vérifié que le pharmacien a le droit, dans ces cas-là, de vous donner une consultation», a-t-il illustré.
L'outil IA est par ailleurs hébergé à Montréal dans un centre de données canadien, ce qui empêche l'accès des données par le Cloud Act américain.
Cette loi américaine permet au gouvernement de demander l'accès aux renseignements détenus par des organisations sur son territoire, mais aussi de remettre des données détenues à l'étranger par des entreprises américaines.
Un plus pour désengorger le système?
Selon Benoit Brunel, BonsAi est une façon d'aider les gens à prendre une décision quand ils sont chez eux, plutôt que d'aller remplir les urgences.
«Il y a un bon 70 % au Québec (...) de cas mineurs ou semi-urgents ou pas urgents du tout qui se retrouvent dans les urgences des hôpitaux. Donc ça, c'est un problème», a-t-il avancé.
«Souvent, on va voir le médecin alors qu'un autre professionnel aurait pu nous servir tout à fait convenablement, une infirmière, un pharmacien ou un autre professionnel», a-t-il ajouté.
Il estime que cela pourrait aussi aider les médecins de famille, alors que 30 % des patients pourraient souvent être vus par quelqu'un d'autre, d'après lui.
«Ça donne beaucoup d'oxygène aux cliniques médicales. Ça permettrait, on l'espère, aux médecins de prendre en charge plus de patients», a mentionné M. Brunel.
Le Québec est la première province au Canada à se doter d'un tel outil IA, selon le fondateur de Bonjour-santé. Le concept existe toutefois dans d'autres pays, notamment la Suède, Singapour ou encore l'Inde.
M. Brunel a précisé qu'il n'y a pas de normes établies à l'heure actuelle concernant l'utilisation d'un agent conversationnel pour les soins de santé.
Il a cependant ajouté qu'il serait prêt à passer des contrôles si le ministère de la Santé se penche sur le dossier.
Interrogé au sujet du lancement de cet outil, le ministère de la Santé et des Services sociaux n'avait pas encore réagi au moment d'écrire ces lignes.
Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne