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La CSN ne lâchera pas le dossier de Béton Provincial

Lockouts de Béton Provincial

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Réunis ce mardi devant Ciment Saint-Laurent, propriété de Béton Provincial, des travailleuses et des travailleurs ainsi que des représentantes et représentants syndicaux de plusieurs régions et de différents secteurs sont venus attirer l’attention sur les conditions de travail dans l’industrie du béton, alors même que l’entreprise profite de plusieurs grands chantiers publics, comme celui du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine.

Sur place, les travailleuses et travailleurs ne mâchent pas leurs mots. « Ça fait plus de dix semaines qu’on tient le coup. Le jugement du Tribunal vient nous donner raison : on ne s’est pas battus pour rien, et on ne lâchera pas tant que l’employeur ne reviendra pas négocier sérieusement. Nous, on est prêts depuis le jour 1 du lockout ! », lance d’emblée Sylvain Péloquin, travailleur membre du syndicat de Demix au site de Saint-Eustache.

Le Conseil central des syndicats nationaux des Laurentides–CSN incarne concrètement ce soutien depuis le début du conflit, comme le rappelle son secrétaire-trésorier, Eric Céré : « Le Conseil est aux côtés de ses membres depuis le tout début de ce conflit, et on va rester là aussi longtemps qu’il le faudra. On s’assure que nos travailleuses et travailleurs aient les ressources nécessaires pour tenir le coup, peu importe la durée du lockout. » Le vice-président du Conseil central de Lanaudière–CSN, Martin Hachey, voit par ailleurs un symbole fort dans la tenue de ce rassemblement intersyndical dans sa région : « On envoie un message clair : la solidarité syndicale ne connaît pas de frontières. Ce que vivent les travailleuses et travailleurs de Saint-Eustache, ça nous concerne tous. »

Pour plusieurs, cette accumulation d’événements dépasse la coïncidence. Le président de la Fédération de l’industrie manufacturière–CSN, Kevin Gagnon, est catégorique : « Ce n’est plus une impression : c’est un mode opératoire. Saint-Eustache, LaSalle–Longueuil, Saint-Jacques-le-Mineur : trois établissements, trois syndicats répartis dans deux centrales syndicales, la même histoire de briseurs de grève. Béton Provincial peut bien prétendre que l’impasse des négociations est limitée aux syndicats CSN, mais les faits parlent d’eux-mêmes. »

Ce constat résonne au-delà des syndicats directement touchés. « Ce qui touche un syndicat aujourd’hui peut toucher n’importe lequel d’entre nous demain. On est ici pour dire à Béton Provincial que les travailleurs ne sont pas seuls », assure le président du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Bridgestone Joliette–CSN, Jean-François Bergeron.

Des contrats publics, des attentes légitimes

L’industrie québécoise de la construction connaît une croissance historique, portée notamment par des grands chantiers d’infrastructures publiques. Béton Provincial profite pleinement de cet essor : l’entreprise participe elle-même à des projets d’envergure comme le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et le complexe de la Romaine. Un dossier de La Presse paru le 13 août rapporte par ailleurs que Béton Provincial est l’entreprise ayant reçu le plus de sanctions environnementales au Québec depuis le début de l’année.

En clôture, la présidente de la CSN, Caroline Senneville, rappelle que l’organisation entend rester engagée jusqu’au bout : « La CSN ne lâchera pas ce dossier : peu importe combien de temps ça prendra, on sera là, aux côtés des travailleuses et des travailleurs. Et comme Béton Provincial profite de contrats financés par l’ensemble de la population, la CSN sera aussi là pour rappeler au gouvernement du Québec qu’il ne peut pas fermer les yeux devant une entreprise qui bafoue à répétition les droits de ses travailleuses et travailleurs. Quand on s’enrichit avec des fonds publics, on a des comptes à rendre ! »

LaSalle–Longueuil, en lockout depuis bientôt deux ans

Un constat s’impose : depuis le rachat de Demix par Béton Provincial le 1er avril 2024, l’employeur déploie tous les moyens à sa disposition pour aligner les conditions de travail des anciennes usines Demix sur celles de ses autres installations, au prix d’importants reculs pour des travailleuses et travailleurs comptant parfois plus de 30 ans d’ancienneté, avec les obligations économiques que cela suppose. C’est dans cette perspective que nous suivrons de très près le renouvellement de la convention collective, prévu en 2027, de l’ancienne usine Demix de Laval, elle aussi propriété de Béton Provincial.

Pour rappel

Les 25 salarié-es de l’usine de Saint-Eustache sont en lockout depuis le 6 juin 2026, au lendemain du rejet unanime d’une offre patronale prévoyant notamment un gel salarial, des augmentations totalisant 3,8 % sur cinq ans, ainsi qu’une réduction des avantages liés au régime d’assurance collective, à l’accès aux heures supplémentaires, à la période de repas et au régime de retraite. Le 28 juillet 2026, le Tribunal administratif du travail a conclu que Béton Provincial a contrevenu aux articles 12 et 53 du Code du travail en s’adressant directement à 18 des 25 salarié-es afin de leur proposer individuellement une offre qui omettait plusieurs reculs importants. Le Tribunal a ordonné à l’employeur de cesser cette pratique et de négocier avec diligence et bonne foi.

Une enquête ministérielle menée en vertu de l’article 109.4 du Code du travail a aussi confirmé qu’un individu a exécuté des tâches normalement accomplies par les salarié-es en lockout à cinq reprises entre le 5 et le 16 juillet 2026, en contravention de l’article 109.1g). À LaSalle–Longueuil, les membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de Demix Béton–CSN sont en lockout depuis le 5 décembre 2024. L’employeur exige d’importants reculs, notamment un gel salarial depuis le début du lockout, l’inclusion du samedi dans la semaine normale de travail, ainsi qu’une réduction des avantages liés aux
heures supplémentaires.

Enfin, une enquête du ministère du Travail menée à l’établissement de LaSalle–Longueuil a révélé des contraventions aux paragraphes e) et g) de l’article 109.1 du Code du travail, ce qui a mené au dépôt d’une plainte amendée devant le Tribunal administratif du travail le 3 mars 2026, toujours pendante. Une ordonnance provisoire rendue par le Tribunal administratif du travail le 7 novembre 2025 a également confirmé un recours à un briseur de grève dans un troisième établissement appartenant autrefois à Demix, celui de Saint-Jacques-le-Mineur, à la suite d’une plainte déposée par un autre syndicat.